Martine Le Coz est née le 13 septembre 1955 en Charente. Enfant, elle aime le dessin – le trait - la peinture chinoise et Georges de la Tour, et souhaite devenir illustratrice. Adolescente, elle découvre en même temps les grands Anglais Turner et Arthur Rackham. Mais contre la séduction des apparences, elle s’attache à la dimension symbolique et au mystère. Son trait domine toujours. Pas ou peu de couleur, des sujets androgynes et des blancs immenses. Cependant elle est devenue graphologue et romancière, portée par un engagement humaniste et ce qu’elle appelle « un besoin de Ciel » qui la poussent à s’interroger sur la Fraternité considérée alors comme une notion mièvre et désuète. Qu’importent les modes ? Les rencontres lumineuses d’Emmanuel Lévinas et Aimé Césaire sont déterminantes. Fidèle à ses impératifs intérieurs, elle voyage en Afrique, écrit contre le racisme (Le Chagrin du zèbre, Léo, la nuit, Le Nègre et la Méduse) et approfondit son questionnement spirituel. En même temps, les portraits sont apparus, la peinture s’affirme - et l’encre, libre et naturelle avec le crayon.
     En 2001, elle obtient le prix Renaudot en 2001 pour Céleste (Ed. du Rocher) qui met en scène un héros haïtien, afin de déclarer « l’égalité de l’épiderme », selon l’expression en vigueur dans le contexte du roman. Plusieurs expositions sont organisées en Martinique. Ses dessins, peintures et encres voyagent aussi plus modestement dans les écoles (la Réunion).
Elle publie un premier album de portraits, Visages des voyageurs (Ed. du Rocher), qui réunit des auteurs du XXe siècle, avec la complicité de l’historien et romancier Joël Schmidt pour la rédaction des textes.
     En 2003, Martine Le Coz rejoint Emile Shoufani, le curé de Nazareth, dans la Marche pour la paix qui rassemble à Auschwitz Juifs, Chrétiens, Musulmans et bonnes volontés sans confession. Elle entre alors également dans le dialogue interreligieux par l’écriture et par le dessin, ses deux modes d’expression. La grande figure de l’Emir Abdelkader suscite l’écriture d’un roman (Le Jardin d’Orient, Ed. Michalon,) puis d’un récit illustré par l’artiste Rachid Koraïchi (La Couronne de vent, Ed. Al Manar). De nouveaux portraits voyagent vers l’Algérie. En 2008, au moment même de la mort d’Aimé Césaire, Le Chagrin du zèbre est porté à la scène en Haïti par l’artiste Yane Mareine.
     Depuis 2009, elle se consacre à l’Illustration d’une Histoire des prophètes qui contribue à nourrir le dialogue entre Orient et Occident.
L’interrogation spirituelle croise la recherche scientifique : un premier roman sur Nikola Tesla paraît en 2009 (L’Homme électrique, Ed. Michalon). Un roman graphique est en chantier sur le même Tesla.
Deux collections de ses portraits sont exposées actuellement dans la région pyrénéenne et en Ukraine.  
 
 
Sa conception de l’écriture, de la littérature et de la vie : deux grands axes : humaniste et spirituel.
 
L’écriture est reçue comme un don – une abondance. L’auteur, selon l’étymologie, est « celui qui accroît », du moins celui qui devrait accroître, fertiliser, faire pousser. Il laboure, heureux de l’action même de labourer, c’est son privilège singulier et sa responsabilité minuscule : minuscule point de conscience ! Il suffit d’envisager l’immensité de la Voie lactée. La responsabilité d’écrire porte essentiellement sur la relation. Il s’agit de nourrir le tissu humain considéré dans l’ensemble du Vivant jusqu’aux étoiles. Le labour est matriciel.
Le travail d’écrire et publier ne se limite donc pas au résultat concret du produit livre qui tend à s’imposer aujourd’hui : non, le livre que nous venons de publier n’est pas « notre bébé » : le fruit n’est pas le seul pauvre nôtre. Seul, le passage compte. Passage des acuités, des retentissements, des mémoires… Le privilège d’écrire est sensible là, exactement : dans le passage de présences.
Pensons davantage au livre « présent ». Alors, notre liberté infime touche à la joie infinie, parce qu’elle est cosmique.
Si, un jour, le don n’est plus, s’échiner à se maintenir coûte que coûte sur la scène sociale des hommes et femmes de lettres n’a pas de sens. Le sens, c’est le vivant. L’assèchement d’une voie, momentané ou non, invite à une réflexion plus profonde sur le sens du vivant.
 


Portrait réalisé par Dorothy-Shoes