Une histoire française. Un pan d’histoire toulousaine écrite à l’encre du prestige entre un maréchal et un palais. Entre un homme visionnaire, fin stratège, et novateur et une bâtisse, la plus majestueuse à Toulouse construite au XIXe siècle, chantier majeur sous Napoléon III, juste après l’aile Rivoli du Louvre et l ‘Opéra Garnier à Paris. Le palais du maréchal Adolphe Niel inauguré en 1868. Adolphe Niel, le Murétain, polytechnicien, reconnu pour ses faits d’armes à Sébastopol en Crimée, et à Magenta et Solférino lors de la campagne d’Italie, qui lui valut d’être élevé à la dignité de Maréchal de France en 1859 par Napoléon III. Surnommé le Poliorcète, que l’on définit par stratège spécialisé dans l’art de mener un siège, en offense ou en défense, le maréchal Niel inaugurera le sixième Grand Commandement militaire voulu par Napoléon Ier à Toulouse en 1859, en raison de son positionnement stratégique avec l’Espagne.
 
NIEL N’OCCUPERA JAMAIS LE PALAIS

Alors que l’hôtel Duranti abritait le siège du quartier général toulousain, Napoléon III estima qu’une demeure en rapport avec l’aura et le talent du maréchal Niel dut être construite. Ainsi sur les anciennes fortifications de Toulouse grandit alors, majestueux le Palais Niel, sous la gouverne de l’architecte Félix Bonnal. Un lieu d’une extraordinaire singularité, avec notamment son grand cèdre du Liban (NDLR: disparu aujourd’hui), que… le maréchal Niel n’occupa jamais. Car, nommé en 1867, entre temps de la construction de 1863 à 1868, ministre de la Guerre, Adolphe Niel rejoignait Paris et y mourut en 1869 en raison de l’aggravation de la maladie de pierre, tout comme l’empereur qu’il avait grandement servi. Ces faits de l’encyclopédie de France ne pouvaient laisser insensibles un fin lettré et féru d’histoire comme le colonel Stéphane Faudais, Saint-Cyrien, docteur en histoire, et indéniable docteur ès Maréchal Niel. Genèse d’une passion. « Quand j’ai suivie mes études à l’école de guerre à Paris de 2006 à 2008, mon professeur de stratégie, Monsieur Couteau-Begarie, me prouva qu’Adolphe Niel fut sans contestation le compétent, le plus brillant, le plus innovant des Maréchaux de France. Je ne pouvais que me pencher et creuser le parcours de ce personnage extraordinaire, et notamment aussi l’histoire toulousaine de ce héros murétain issu d’une grande famille de notables, et donc de la naissance de son palais. » Curieux et méticuleux, le colonel Faudais, commandant aujourd’hui le 6e régiment de matériel, à travers sa biographie « Le Maréchal Niel, 1802-1869″, (NDLR; il signera son ouvrage lors des journées du Patrimoine au Palais Niel à Toulouse en septembre, tout comme ses deux autres ouvrages, « Campagnes du Second Empire » et « Un Écrin du Second Empire ») s’est attaché à mettre en exergue le potentiel du génie novateur dont le Maréchal Niel était doté: « Tout comme Napoléon III, il a toujours été en avance sur son temps. Il a inventé le canon à balle Ressye, l’ancêtre de la mitraillette, les tenues camouflées et le train blindé. »
 
NIEL VOULAIT REFORMER L’ARMÉE

Lors de la soutenance de son doctorat d’histoire en 2012, et avant parution manuscrite, Stéphane Faudais révélait l’homme réformateur que fut Adolphe Niel:  » Niel a été conscient des dysfonctionnements constatés en Crimée et en Italie. Il estimait qu’il fallait absolument rénover une armée prisonnière de la routine. Sa tentative de réforme a avorté à cause d’hommes politiques peu conciliants. Tout mon travail sur Niel m’a souvent conduit à Toulouse, et m’a fait tombé amoureux de cette ville, qui possède entre autres avec le Palais Niel et son Maréchal un patrimoine fabuleux. Un Palais Niel, qui au cours du temps, n’a vu siéger que des généraux et des militaires de grande pointure. Un Palais Niel qui définit bien l’identité et la fierté militaire de Toulouse. Car selon moi, elle possède avec la 11e Brigade Parchutiste, un des brigades les plus prestigieuses de France. » Tombé sous le charme d’Adolphe Niel, comme on évite la mitraille, le colonel Faudais concède que » ce fut un honneur, une fierté et une joie intellectuelle d’avoir écrit ce livre. » Et ce ne serait peut-être pas fini…
 
Laurent Conreur