Quinze août

           Quel choc pour elle ! C’était le mariage de son fils. Elle s’était préparée. Habillée, maquillée. Elle avait tout prévu pour le restaurant, l’apéritif, le repas, et pour les invités. Elle voulait jouer convenablement son rôle en l’avenir de son fils. Elle n’avait pas imaginé ce choc !
 
            Elle était dans la célébration. Voici que tomba sur sa tête la phrase de la Genèse que sa belle-fille avait choisie. En effet, lorsque des fiancés catholiques préparent leur mariage, ils reçoivent une sélection de textes et il faudrait faire des statistiques pour savoir lequel des deux fiancés choisit et s’il y a des préférences selon le fiancé ou la fiancée. Elle était là. La Parole de Dieu fut assénée sur elle. Mais pourquoi Dieu faisait-Il tant de différences ???
 
            Elle ne Lui donna jamais de circonstances atténuantes ; à Dieu. Elle n’imagina pas, non plus, ce questionnement : « Pourquoi Dieu ferait-Il tant de différences ? » Le mal était fait.
 
            Question qui la perturba des ans et des ans. Et qui toujours la troublera. Lui fera très mal. Pourquoi cette injustice ? Pourquoi sa belle-fille avait-elle choisi que soit proclamée à la face des invités, et du monde, cette parole si dure pour elle, la mère, la maman ? « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils seront une seule chair »  (Gn 2,24).
 
            Pourquoi donc la Bible n’ajoutait-elle pas que la femme devrait quitter son père et sa mère et s’attacher à son mari ? Mauvaise justice et inégalité entre les deux familles. Humiliation pour elle, la mère. Grande souffrance sur son statut de femme ayant mis au monde des fils, et aucune fille.
 
            Peut-être un jour trouvera-t-elle dans la même Bible la phrase qu’elle recherche, qu’une fille, une femme, doit oublier son peuple et la maison de son père. Elle la trouvera cependant dans un Psaume bien spécifique (Ps 45,11). Mais exactement selon ce Psaume, elle a entendu la phrase au mariage de son fils. Car il n’y a pas d’autre mot que « phrase » pour désigner les vibrations éprouvantes répercutées par ses oreilles à tout son être, à tous ses membres, et, dorénavant, à toutes ses années.
 
            Psaume chanté pour une fiancée étrangère qui se marie avec le roi d’Israël ; Salomon, dirons-nous. La jeune fille a acquis des habitudes idolâtriques et va être l’épouse du roi ! Que la reine n’apporte pas les cultes étranges de son enfance et de sa culture. Obstacles contre le Écoute Israël répété trois fois par jour. Inductions qui feraient tourner le dos au Seigneur Dieu.
 
            Psaume limité à la situation particulière d’un pacte diplomatique, d’un accord politique scellé par un mariage. Avec tous les risques inhérents. Or, Salomon se maria plusieurs fois pour signer des semblants de paix avec ses voisins de royaumes.
 
            Alors ? La liturgie serait-elle de la politique ? Et l’un ou l’autre des mariages du roi Salomon symboliserait-il la paix voulue par une nouvelle religion ??? Religion catholique. Liturgie catholique du Quinze août.
 
            Les mois d’été du Judaïsme comportent des contrastes. Il y a le 9 Av qui rappelle la destruction du Temple et tant d’autres malheurs. Six unités de temps après, la pleine lune indique le 15 Av. En ce jour, les filles à marier sortent, vêtues de blanc, pour être épousées. Grande fête s’il en est. Et joie. Consolation.
 
            Les mois d’été du Christianisme apportent le 15 Août, fête de la Mère du Christ. L’Assomption en lumière et en blanc… mais peut-être aussi une inattention. Une incohérence.
 
            Si l’enseignement sur l’Incarnation de Jésus TIENT à TENIR, il restera sur la ligne de faîte que Jésus est Juif. Et sa mère, donc !
 
            Elle ne pourra jamais oublier son peuple et la maison de son père… car le Psaume chanté à une étrangère à la Maison d’Israël et de ses pères ne convient absolument pas à une fille d’Israël, à une femme d’Israël qui sera éternellement fille et femme d’Israël. Chant inapte. Conseils ineptes.
 
            Pourtant, lors de la liturgie du Quinze août, les Catholiques les entendront, ces invitations faites à Marie, ces homélies et catéchèses. Qu’en penseront-ils ? Qu’ils doivent comme elle oublier le Peuple d’Israël ? Et ils ne sauront pas que les enfants d’Israël ne disent jamais pour eux-mêmes « la maison de ton père », mais « la maison de tes pères ».
 
            Que Ruth, la princesse non juive, oublie les pratiques de Moab et de son peuple serveur d’idoles, oui. Mais qu’une femme juive oublie la Conception, non, non et non ! Surtout si elle conçoit et enfante car, dans sa langue et dans son peuple, Torah signifie Conception.
 
            Comment les fabricateurs de liturgie ont-ils choisi ce Psaume inapte pour cette circonstance ? Comment, eux, n’ont-ils ni tendu l’oreille, ni vu, ni écouté ???
 
            Dire à une fille d’Israël qui scande sa vie du Écoute Israël et qui écoute la Torah, lui dire : « Écoute ma fille, regarde et tends l’oreille, oublie ton Peuple et la Maison de ton père », NON ! Une Juive, un Juif, ne pourront jamais être forcés à oublier le Peuple d’Israël.
 
            Il faut savoir le dire et le répéter. Il faut couper dans le magma des lettres et établir des mots, un mot : « NON ! »
 
 
 
                                                                                                © Marie Vidal