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Articles et diversNaples et le Sud › Aux racines des fêtes religieuses de la Campanie

Avant-propos
 
Cet article, je le précise d’emblée, ne prétend pas faire le « tour de la question », trop vaste et trop complexe, ce sujet mériterait en effet une analyse bien plus approfondie. Dans ce texte, objet d’une conférence auprès du Centre Culturel Italien (12 mai 2011), seules les fêtes les plus représentatives sont citées, car en Campanie, chaque ville, voire même chaque village, en compte plusieurs. Ces cérémonies surprennent, intriguent par leur caractère parfois archaïque et par la ferveur affichée par les fidèles, citoyens d’un pays qui vit pourtant à plein sa modernité avec tous les changements économiques et sociaux que celle-ci entraîne.
Étrange peuple qui pour rester agrippé à ses racines, l’espace d’une célébration, dénie son époque, lutte contre l’usure du temps, défie les interdits cléricaux et les dictats de l’ordre établi. Etrange peuple qui a su résister par la seule force de son attachement à sa culture millénaire.
 
Les prémisses
 
Au IVe siècle, au moment où le paganisme décline, le Christianisme se dispute le monopole avec des cultes mystiques et solaires qui s’opposent aux dogmes païens - trop matérialistes - par leur idéologie eschatologique[1] et salvifique[2]. Cybèle, Déméter, Mithra, Isis et Dyonisius sont parmi les divinités appartenant à ces religions dîtes « à mystères ».
En 313, l’édit de Constantin officialise le Christianisme, mais la culture gréco-orientale exerce toujours une forte influence à Naples qui, fondée par les Grecs, a toujours été, même à l’époque romaine, le berceau de la culture hellénique en Italie.
Après le schisme qui divise l’église d’Occident de celle d’Orient (1054), le pape soutenu par les monarchies occidentales, voit croître son pouvoir. Pour asseoir définitivement son autorité en Occident et bâtir une muraille solide entre l’Eglise catholique et l’orthodoxe, le Souverain Pontife doit effacer toute trace de culture orientale en Occident. Il lui faut donc anéantir la résistance de Naples toujours fortement liée à Byzance. A cet effet, le Pape Grégoire VII décide de faire des Normands « son épée » contre les Byzantins.
C’est ainsi qu’en 1140, Roger le Normand entre à Naples en triomphateur et instaure la première monarchie dans le Sud de l’Italie[3].
Mais, les Napolitains n’en démordent pas et leur spiritualité ne s’éloigne toujours pas de ses sources originelles. Leur foi chrétienne demeure sous l’influence directe des matrices hellénique et alexandrine dont le christianisme d’Orient est empreint. Ainsi, à Naples, le passage des rites païens aux cultes chrétiens est marqué par une foule de syncrétismes très complexes, voire contradictoires, lesquels sont encore perceptibles de nos jours.
D’après Roberto De Simone[4], la transition aurait été sans doute beaucoup moins pacifique sans un personnage qui, divinisé après sa mort, va polariser les différents mythes en les filtrant par un jeu subtil de syncrétismes pour les conformer finalement aux dogmes chrétiens. Cet étrange cheminement aura le grand mérite d’atténuer la répression violente entreprise par l’Eglise catholique soutenue par les différentes monarchies qui vont se succéder sur le trône du Royaume de Naples et de Sicile.
Ce personnage est Virgile, Virgile qui en Campanie a fait l’objet d’un véritable culte.
 

Virgile (ph. R. De Simone)
 
Virgile, de grand poète à grand thaumaturge
Virgile[5] naît à une époque trouble de guerres et de conquêtes, conquêtes qui finiront par se retourner contre ceux qui les mènent en plongeant Rome dans le chaos.
Idéaliste au caractère doux, Virgile croît sincèrement qu’Octave Auguste fera régner la paix et fait son apologie dans l’Enéide. Le nouvel empereur saisit immédiatement l’intérêt politique de cette œuvre qui déifie les fondateurs de Rome, et donc ceux qui sont à la tête de l’empire. Mais l’admiration des Romains pour Virgile tient également à la perfection de ses vers qui élèvent enfin le latin au rang de la langue d’Homère et aussi aux grandes qualités morales du poète. A celles-ci s’ajoutent son immense savoir et son intérêt pour les langages magico-religieux du monde sibyllin, étrusque et hellénistique.
Rien d’étonnant que Virgile et ses écrits vont peu à peu être entourés d’une aura de sainteté. La renommée de Virgile rayonne bien au-delà de la sphère intellectuelle. Les Pompéiens anciens, par exemple, ont peints ou gravés des vers virgiliens sur les murs de leur ville dans plus de trente-cinq endroits.
Les premiers chrétiens, eux, voient dans les textes de Virgile des éléments orphiques et solaires contenus dans le christianisme même. Ainsi, tout en appartenant au monde païen, Virgile n’est pas rejeté par cette religion naissante.
A partir du IVe s. on voit paraître des écrits et des biographies qui qualifient Virgile d’omniscient, voire de saint. Le grammairien Servius affirme que le rameau d’or avec lequel Enée descend aux Enfers, ressemble en tout et pour tout au Y, le symbole magique de Pythagore. Macrobe reconnaît en Virgile l’infaillibilité. Suétone écrit une biographie non parvenue jusqu’à nous mais reprise par le grammairien Donat.
Dans la vie de Virgile retranscrite par Donat, les signes divins foisonnent : sa mère s’appelle Magia Polla, un nom qui rappelle la Magie. Avant d’accoucher, elle rêve d’un rameau de laurier qui, planté dans la terre, atteint immédiatement la taille adulte (rappelons que le laurier est l’arbre sacré par excellence). Magia Polla accouche dans un fossé, qui est une cavité comme une grotte, et la grotte est liée au culte de la Grande Mère. Le nouveau-né ne pleure pas, il sourit comme un enfant divin. Une branche de peuplier plantée selon l’usage local (région de Mantoue) à l’endroit de l’accouchement, devient en peu de temps un grand arbre. Et ce peuplier, appelé arbre de Virgile, devient un lieu où les femmes, après ou avant leur accouchement, vont s’acquitter de leur vœu. Il meurt un 21 septembre d’un coup de soleil, comme Orphée emmené au ciel par Apollon sur son char solaire.
Il demande à être enterré à Naples. Sur sa tombe on grave des vers qu’il aurait lui-même composé : « Mantoue m'a donné la vie, la Calabre me l'a ôtée, et maintenant Naples garde mon corps. J'ai chanté les pâturages, les campagnes, les héros ». Un laurier, encore un, pousse miraculeusement tout près de sa tombe (comme l’avait rêvé sa mère) et on attribue à ses feuilles des propriétés magiques[6]. Cette croyance a perduré jusqu’au XXe s (voir La Danse, la tarentelle).
Le laurier est l’arbre sacré d’Apollon et les Sibylles, avant de prononcer l’oracle au nom de ce dieu, mâchent des feuilles de cet arbre pour atteindre l’état de transe. Le laurier est béni par le soleil parce que ses feuilles ne sont pas caduques; il est vierge, puisqu’il n’a pas de fruits ; il est aussi lié au monde souterrain où siègent les morts et la Grande Mère, car la nymphe vierge Daphné, pour fuir les avances d’Apollon, invoque la déesse de la Terre qui la transforme en laurier. Le laurier incarne donc la virginité, la fécondité, la pérennité, le soleil et la terre d’où découle l’oracle. Ainsi par le biais du laurier, Virgile centralise toutes ces valeurs.
 
Le tombeau de Virgile et le laurier magique en arrière-plan (coll. R. De Simone).
 
Même l’homosexualité - vraie ou supposée - du poète devient un signe de chasteté, de sainteté même. Il était si chaste, insiste Donat, qu’on l’appelle Parthenias, la petite vierge. Et ce n’est donc pas un hasard si dans la tradition orale campanienne, il est souvent question d’une « virginella », une petite vierge, qui en réalité est un homme.
Le grammairien Phocas abonde en ce sens et soutient que Virgile, lors de sa venue au monde, est nourri par des abeilles qui lui versent leur miel dans la bouche. Cela équivaut à être nourri par la Grande Mère. Le miel est d’ailleurs un autre intermédiaire de la transe prophétique. Et pour couronner le tout, d’après les Grecs anciens les abeilles sont vierges.
Le culte de Virgile est instauré très vite après sa mort et on lui consacre les ides d’octobres car il est né un 15 octobre.[7] Stace qui est Napolitain rapporte que la tombe du poète est considérée comme un lieu sacré.

La mort de Virgile. Gravure du XVIe s. (ph. De Simone)
 
Nombre d’auteurs anciens font mention des « sortes virgiliennes », une pratique divinatoire qui consiste à ouvrir une œuvre virgilienne au hasard pour en tirer un oracle. En fait, Virgile devient lui-même la Sybille. Les têtes couronnées de toute l’Europe consultent les sortes jusqu’au XVIIe s.
Les pouvoirs bénéfiques attribués à Virgile par les habitants de la Campanie sont innombrables, puisqu’il finit même par incarner la plupart des divinités les plus populaires.
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A l’époque où l’église amalgame le Noël chrétien et les festivités les plus anciennes dédiées au Soleil, le messianisme solaire de la IVe églogue des Bucoliques séduit toutes les classes sociales. L’empereur Constantin, désireux de réunir ses sujets sous la houlette d’une seule autorité religieuse, sait tirer profit de cette popularité et, lors d’une grande assemblée ecclésiastique, prononce sa célèbre oraison sur la IVe églogue. Constantin, joue sur l’ambigüité de ces vers et prétend qu’ils annoncent la naissance du Christ. En d’autres mots, l’empereur officialise l’entrée de Virgile dans le monde chrétien. Virgile et les Sibylles seront désormais représentés parmi les prophètes.
Le culte virgilien reste très vivant jusqu’à l’an mille. A partir de cette période, on commence à remplacer les mythes qui entourent Virgile par des légendes de saints ou de madones. Le culte alors s’étiole, mais un certain nombre d’éléments demeurent enracinés dans les croyances populaires que l’on attribue à l’ignorance et à la superstition du peuple.
 
 
La IVe églogue
Le dernier temps approche, autrefois si célébré par les vers de la Sibylle Cumée. On voit renaître au monde le grand ordre des siècles qui ont achevé leurs cours. La Vierge est déjà de retour, le règne de Saturne revient, une race nouvelle nous est envoyée du Ciel, et puisque ton Apollon commence de régner, chaste Lucine, prête ta faveur à cet enfant naissant sous qui, les nations de fer venant à périr, celles d’or s’épandront par tout l’Univers. Cet enfant mènera une vie divine, il verra les grands héros mêlés parmi les Dieux dont il sera aussi regardé, et il régira l’Univers pacifié par les vertus de son père. (Trad.Michel de Marolles, Abbé de Villeloin, 1649).
 
Avec le temps, la religion chrétienne finit par reléguer Virgile au rôle de nécromancien. Mais, en réalité, il reste pour le peuple le pôle d’attraction vers lequel convergent tous les mythes passés et présents. La croyance en ses pouvoirs bienfaisants ne disparaît pas de la culture populaire, à tel point que le souvenir de Virgile sera très souvent présent là où l’on bâtira des églises dédiées à la Vierge Marie, construites à leur tour sur les ruines de temples jadis consacrés à des divinités païennes, notamment à la Grande Mère. La Vierge prendra d’ailleurs des noms qui rappellent les « miracles » accomplis par Virgile (voir plus bas « Les Madones »).
Les vestiges des mythes virgiliens sont toujours identifiables dans la tradition orale en milieu agricole. Ces légendes ont été préservées grâce à Roberto De Simone qui les a retranscrites après avoir enregistré les conteurs. L’un d’entre eux, un vieillard originaire de Somma Vesuviana (une petite commune rurale de Naples) raconte qu’une Virginella (une jeune vierge), qui en réalité était un homme, avait suspendu un œuf dans un château, un château que les Napolitains appellent « Château de l’œuf ». A cet œuf, conclut le vieil homme, est suspendu le destin de la cité.
Or, à Naples il y a réellement le « Castel dell’Ovo » (château de l’œuf), dont le nom dérive de cette même légende (relatée par plusieurs historiens) qui est ignorée par le grand public. Bâtie par les Normands sur les ruines d’un monastère basilien, cette très célèbre forteresse, située dans le non moins célèbre quartier de Santa Lucia, occupe une grande partie de l’île du Salvatore (du Sauveur)[] à présent reliée à la terre ferme par un pont. Tout près du château-fort se trouvait une chapelle dédiée à la Madone de l’Œuf (démolie depuis un certain temps). Or, l’œuf est un symbole récurrent dans nombre de rites religieux à Naples comme ailleurs. Dans cette ville, l’œuf est, entre autre, lié au culte de la sirène (voir plus bas), une divinité mi-femme mi-oiseau. C’est l’œuf de la sirène que Virgile cache dans les souterrains du Château pour préserver le sort la cité.
Au XIVe s., une époque où les rois angevins s’acharnent à vouloir extirper les cultes païens de leur royaume, cette croyance perdure. On raconte, en effet, que la Reine Jeanne 1ère d’Anjou fait reconstruire le château de l’œuf, détruit par un raz-de-marée et, afin de sauvegarder la ville, fait suspendre une cage contenant un œuf dans les souterrains du château.


Chapelle de Sainte Marie de l’œuf. Estampe du XIXe s. (ph. R. De Simone).


La Madone de l’œuf (ph. R. De Simone)

 

 


[1] Fin du monde, résurrection, jugement dernier.
[2] Arrivée d’un messie qui sauve l’humanité.
[3] Sa capitale sera Palerme. Ce seront les Angevins qui déplaceront la capitale à Naples (1266).
[4] Musicien, musicologue, metteur en scène, chef d’orchestre, compositeur et éminent spécialiste des traditions populaires campaniennes, Roberto De Simone est LA référence en la matière.
[5] Né à Mantoue le 15 oct. De 70 av. J. C., mort près de Brindisi le 21 sept. De 19 av. J. C.
[6] Une épitaphe datant de 1668 en atteste la véridicité.
[7] attesté par Pline, Ausone
[8] L’île s’appelait jadis « Megaride ».

 

 
Les lys de Nola
 
La fête religieuse, qui se déroule le dimanche le plus proche du 22 juin, date anniversaire de la mort de Saint Paolino, évêque de Nola, - tire ses origines d’une légende chrétienne de la tradition orale, retranscrite par le Pape Grégoire 1er le Grand [1].
Lors de l’invasion des Vandales au Ve siècle, beaucoup d’habitants sont capturés, envoyés et réduits en esclavage sur le continent africain. Parmi eux, le jeune fils d’une veuve sans biens, laquelle implore l’évêque Paolino de l’aider à trouver l’argent pour la rançon. L’évêque, ayant déjà tout vendu pour libérer une partie des prisonniers, propose aux Vandales un échange avec sa propre personne, ce qui est accepté. Le jeune homme est libéré et l’évêque reste en Afrique. Plus tard, Paolino révèle son identité au roi des Vandales à qui il prédit la fin prochaine de son royaume. Le roi affranchit l’évêque, ainsi que tous ses concitoyens. Ces derniers rentrent à Nola où l’accueil est triomphal. Tous les corps de métier vont accueillir leurs compatriotes en portant chacun un lys.
Depuis lors, les habitants de Nola fêtent cet événement en reproduisant l’arrivée de l’évêque libérateur.
Au cours des siècles les lys se sont transformés en cierges décorés d’épis de blé, lesquels grandissent de plus en plus avec le temps, jusqu’à devenir des tours effilées à la décoration somptueuse, qui, en 1885, atteignent la hauteur actuelle de 25 m.
Depuis toujours l’argent nécessaire à la fête est offert par les artisans et commerçants et huit corps de métiers se disputent un prix pour le plus beau lys, à savoir, les maraîchers, les charcutiers, les aubergistes, les boulangers, les bouchers, les cordonniers, les forgerons et les tailleurs. Au XVIIIe s., on ajoute un neuvième corps de métier, les tanneurs, qui se chargent de la construction d’un nouvel élément, le bateau (en souvenir du navire qui remmena les prisonniers d’Afrique).
Aujourd’hui, l’enthousiasme des habitants de Nola reste intact et les lys attirent toujours autant de fidèles et de curieux qui affluent en masse. Le mot spectaculaire pour définir cette fête est trop faible. L’exubérance de la foule, ses manifestations de joie, qui ne tournent jamais à la violence, est déjà un spectacle en soi. Mais le plus extraordinaire est que ces tours de trois tonnes – auxquelles s’ajoutent les membres de l’orchestre et les chanteurs – sont portées par cent-cinquante hommes, toutes catégories sociales confondues, qui les font « danser » dans les rues étroites du centre historique, pour aller se réunir dans la place de la cathédrale où, le lendemain (le dimanche) a lieu la remise des prix. Tout le long du parcours, les gens s’entassent sur les balcons pour lancer dragées et confetti. La musique assourdissante, le charivari de la foule, créent un véritable état d’ivresse générale.
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Les origines profondes sont en fait toutes autres et bien antérieures au retour des esclaves libérés. Les lys actuels dérivent en réalité de fêtes païennes liées au solstice d’été. A cette occasion, on portait en procession des arbres sacrés, symboles de fertilité et de fécondité. L’arbre a une connotation sexuelle par sa forme et par sa nature qui incarne la puissance et le fort lien de ses racines avec la terre. Plusieurs fêtes d’Italie du Sud reproduisent ce rite antique du transport de l’arbre vers un lieu sacré.
A Nola l’arbre s’est transformé en tour. Leur forme effilée rappelle celle du mât d’un bateau qui, en italien et en napolitain se dit « albero », arbre. Et par le biais de ce mot, on peut rejoindre la consonance sexuelle, dans la mesure où, en napolitain, le sexe masculin est appelé « cazzo » du grec kation, mât.
Par ailleurs, dans l’antiquité, le fait de se dépasser, d’aller au-delà de ses forces en portant des objets extrêmement lourds, faisait partie des épreuves à surmonter en l’honneur de la divinité célébrée.
 
Caractéristiques principales des lys de Nola
Base de la tour : hauteur 3 m largeur 2.60
Hauteur finale : 25 m
Matériau : bois de peuplier
Assemblage : chevilles en acier doux
Porteurs : 150 hommes + 50 pour le relais
Poids : 3 tonnes + l’orchestre.
 
Vidéos de la fête
http://www.vimeo.com/12760765
http://www.youtube.com/watch?v=XNapXcPp_WI&feature=player_embedded
 
 
En guise de conclusion de ce très court voyage dans l’imaginaire fertile du peuple campanien, aussi fertile que leur terre et leur civilisation, je traduis un passage tiré de l’ouvrage de Roberto De Simone, « Le signe de Virgile », où j’ai puisé à pleines mains son savoir. Car aucune source, à mon avis, n’aurait été plus fiable, plus exhaustive, plus admirable. C’est par ces quelques lignes qu’il termine son livre magistral sur l’empreinte gigantesque qu’a laissé Virgile dans la culture de notre terre :
 
« Tout cela, dans un îlot de temps et d’espace, où le langage d’un paysan de Villa di Briano a encore ouvert une échappée dans cet espace sacré où vivait la tombe même de Virgile à Naples. Pourtant dans la ligne droite de ce temps sans « retours », sans jours et sans nuits, sans mort et sans vie, les mêmes Madones qui avaient remplacé Virgile, vont le rejoindre pour ne plus remplacer que le néant. Il ne reste qu’un simple vocabulaire où « temps » signifie « chronomètre », « espace » signifie « autoroute », et « Noël » : un adjectif qui, il fut un temps, s’écrivait avec une majuscule. »
 
© Maria Franchini

[1] Né vers 540, élu pape en 590 et mort en 604.
 
Le culte du cheval, de Virgile à Saint Antoine Abbé.

Le cheval noir, emblème du quartier Nil. Le cheval blanc était l’emblème du quartier de la Porte Capouane. Les deux chevaux sont l’allégorie du jour et de la nuit, des ténèbres et de la lumière.
 
Le cheval en liberté, sans « frein », est un des symboles les plus prégnants, les plus persistants de la mythologie napolitaine. Les napolitains se reconnaissaient en ce cheval de bronze sans frein que Virgile aurait forgé. A deux reprises les conquérants de la ville, Conrad de Souabe et puis Charles d’Anjou, font mettre un mors à ce cheval pour sceller leur conquête. Une façon aussi de signifier aux napolitains qu’il fallait abandonner les anciens cultes pour se rendre au christianisme.


Estampe de 1745 représentant les deux anciennes cathédrales de Naples (réunies par la suite en une seule) et la statue colossale du cheval miraculeux de Virgile
 
Pendant des siècles, les Napolitains ont amené leurs animaux malades, notamment les chevaux - et même ceux en bonne santé pour les « immuniser » -, jusqu’à la statue miraculeuse. Décorés de colliers de fleurs et de petits pains en couronne, ces derniers devaient faire trois fois le tour du monument. Ce culte dure jusqu’en 1322 année de la destruction de la statue, un acte en accord avec la politique de cette époque-là qui tient à effacer toute trace des rites préchrétiens.
La légende veut qu’un cardinal, agacé par ce cheval plus populaire que saint Janvier, en fasse fondre le bronze pour fabriquer les cloches de la cathédrale. Une autre légende accuse les maréchaux ferrants jaloux des pouvoirs du cheval, cause de leur manque à gagner. Quoiqu’il en soit, la statue datant sans doute du IIIe s. av. J. C., a réellement existé. Sa tête, trop dure pour être fondue, est conservée dans le musée archéologique de Naples.
Dessin de la tête aujourd’hui exposée dans le Musée Archéologique National de Naples
 
Après la destruction de la statue, le culte se déplace dans l’église de St Eloi, protecteur des maréchaux-ferrants, un saint importé par les Angevins. Le 1er décembre on y amenait les chevaux déferrés et on en suspendait les fers aux portes. Peu à peu, Saint Eloi cède sa place à St Antoine Abbé dont l’église est érigée dans le quartier éponyme par la reine Jeanne d’Anjou. Ce saint, dont l’animal sacré est le cochon, a le pouvoir de guérir tous les animaux. Alors, le 17 janvier, jour de la fête du saint, on y amène les animaux pour les faire bénir. Ils sont décorés des mêmes atours qu’auparavant et ils font trois fois le tour de l’église… Ce rite perdurera jusque dans les aux années quatre-vingt.
Jadis les pains en couronne portés autour de l’encolure symbolisaient le pain qu’Octave Auguste, raconte Donat, donne à Virgile pour avoir guéri plusieurs de ses chevaux tombés malades. A l’époque chrétienne, ces pains se justifient par le fait que Saint Antoine est aussi le protecteur des boulangers…
La bénédiction du cheval exorcise également les dangers du voyage. Une fois le cheval disparu en tant que moyen de transport, on continue ainsi à faire bénir toute sorte de véhicules. Les Napolitains les plus attachés aux traditions le font toujours.
 
Saint Janvier
 
On célèbre le Saint patron de Naplesdeux fois par an à l’occasion de la liquéfaction de son sang, à savoir : le 19 septembre, date anniversaire de la mort du Saint, et le premier samedi de chaque mois de mai, période à laquelle le sang reste à l’état liquide pendant huit jours.
Jusqu’à l’immédiat après-guerre, dès que le sang se liquéfiait, on assistait à des manifestations de pénitences pour le moins théâtrales : femmes en pleurs s’arrachant les cheveux, hommes marchant sur les genoux, etc.
En attendant le miracle, des vieilles femmes, appelées « parentes de Saint Janvier » récitent des prières rituelles - qu’elles se transmettent de génération en génération -, en langue napolitaine, prières qui sont censées inciter le Saint à produire le prodige. Chaque prière est récitée en des moments bien précis de la cérémonie. Et c’est la Mère, la Madone que l’on invoque en ces termes : Mamma bella, piglia lu mante tujo e lu mantielle ‘e San gennaro, e aiutace, defiennece, e arreparece, e arrassece da ogni male e da mala morte nce puozze arreparà. Mamma bella facce fà ‘na bona vita e ‘na santa morte pe’ quanta ammore t’ha purtato San Gennaro ».
Traduction :
« Mère adorée, prend ton manteau et la cape de Saint Janvier, et aide-nous, défends-nous, abrite-nous, et éloigne de nous tous les maux, et sauve-nous d’une mauvaise mort. Mère adorée laisse-nous avoir une bonne vie et une mort sainte au nom de l’amour que t’a voué Saint Janvier » On en revient donc encore et toujours à la divinité féminine.
Dès que le miracle se produit, la foule applaudit et les « parentes » entament une suite de litanies de remerciement. En cas de retard, par contre, ces « prêtresses » commencent à proférer des insultes à l’encontre de leur protecteur qu’elles appellent « faccia gialla », face jaune, le buste en argent ayant jauni au cours des siècles. Toute anomalie est en effet considérée comme un châtiment divin qui retombera sur toute la ville.
Jadis, on croyait que le saint protestait contre des mesures politiques non favorables au pape et le peuple se retournait contre les autorités qui devaient souvent se plier à sa volonté. L’autre raison du refus du saint était, d’après les croyants d’antan, la présence de personnes ayant mortellement péché. Alors, une fois désigné « le pécheur » (à tort ou à raison), celui-ci avait tout intérêt à déguerpir au plus vite.
C’est en mai que les reliques, ainsi que les bustes d’argent des 45 évêques sanctifiés de Naples, sont portés en procession de la Cathédrale jusqu’à l’église de Sainte Claire à travers le centre antique de la ville. Dans le passé, on pouvait parler de spectacle religieux. De tous les balcons et fenêtres, donnant sur les rues du parcours de la procession, pendaient des tissus précieux de soie et de brocard. Ces balcons étaient bondés de monde qui applaudissait et ovationnait le saint au passage de la procession. Aujourd’hui, ces manifestations de foi se sont beaucoup estompées.
Vidéo
http://www.youtube.com/watch?v=VZOssXaTt4w&feature=related
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En 305 après J. C., Januarius (Janvier), évêque de Bénévent, est décapité dans l’amphithéâtre de Pouzzoles par ordre de l’empereur Dioclétien. Il est inhumé dans les alentours de Pouzzoles (Marciano). Le corps est ensuite placé dans les catacombes de Naples. Au IX siècle, le prince longobard de Bénévent, Sicone, gagne la guerre contre le Duché de Naples et rapatrie les restes de Saint Janvier à Bénévent. Au XIII siècles, les os sont transférés dans le monastère de Montevergine. Finalement en 1497, les reliques reviennent à Naples et sont placées dans la cathédrale actuelle.
 
La chapelle du Trésor consacrée à Saint Janvier dans la Cathédrale de Naples
 
Le témoignage le plus ancien concernant le miracle remonte à 1389. En plein schisme d’Occident, le parti philo-avignonnais de Naples décide d’exposer le sang du saint patron et le sang se liquéfie. Selon les documents d’archives, celui-ci est recueilli après la décapitation du martyre, par une vieille femme pieuse qui le remet aux mains de l’évêque de Naples. La fiole qui le contient date, en effet, du IVe s. A noter que la conservation du sang des martyres était une pratique assez courante en Afrique et à Rome.
On commence à écrire au sujet de ce miracle à partir du XV siècle. Pour l’anecdote, parmi les innombrables chroniqueurs qui ont écrit à ce propos, on compte Alexandre Dumas père. Mais notre célèbre écrivain se trompe grossièrement en affirmant que le sang ne se liquéfie pas en présence du crâne, alors que c’est tout le contraire.
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Le Vatican ne se prononce pas clairement au sujet de ce miracle et le définit prudemment « prodige ». Les autorités ecclésiastiques vont même plus loin : en 1965, Saint Janvier est rétrogradé. Désormais son culte est « local et facultatif ». Cette déchéance contrarie beaucoup les Napolitains et fait naître un des plus célèbres graffiti qui tapissent les murs de la ville : « San Gennà futtatenne », « Saint Janvier, fous t’en ».
 
Le buste en argent contenant le crâne du Saint et la fiole ovoïdale que le Cardinal fait osciller pour montrer la liquéfaction du sang
 
En 1991, à Pavie, un groupe de chercheurs affirme avoir reproduit le phénomène en laboratoire. Il s’agit, déclarent-ils, d’une gélatine qui se liquéfie lorsqu’elle subit des vibrations pour se coaguler de nouveau dès que celles-ci cessent. Ce phénomène, connu déjà par les alchimistes anciens, est appelé « thixotropie ». Mais les spéculations de ce genre ne datent pas d’aujourd’hui. Au XVIIIe s., le prince de Sansevero reproduit ce phénomène devant les yeux ébahis de ses hôtes.
La faille dans cette thèse est que parfois le sang ne se liquéfie pas ou on le trouve déjà liquéfié, alors que la procédure est toujours la même (le cardinal fait osciller la fiole). La spectroscopie effectuée en 1988 révèle qu’il s’agit bien d’hémoglobine, mais on ne peut pas en déterminer la nature (animale ou humaine). Les explications sont nombreuses et d’ordre différent, de l’interprétation alchimique, à la théorie quantique, en passant par la biochimie et la psychophysique. L’affaire n’est donc pas classée.
Dans le passé, la cérémonie se déroulait 4 fois par an. Outre les deux dates ci-dessus mentionnées, on assistait à la liquéfaction le 16 décembre, date anniversaire du miracle de 1631, jour où la statue du saint lève sa main pour arrêter la lave qui menace Naples ; le 14 janvier, date anniversaire de la translation des reliques du saint de Montevergine à Naples.
 
Saint Janvier et le Vésuve en arrière-plan (R De Simone)
 
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Le miracle se produit la première fois à l’époque angevine, lorsque tous les anciens rites – auxquels le peuple était très attaché - sont définitivement abolis. Ainsi, la reconnaissance et l’acceptation de ce prodige sont immédiates.
D’un point de vue ésotérique, la liquéfaction du sang renferme tout le contenu mystique cher aux Napolitains : le mythe du Palladium, représenté par l’œuf de Virgile. Si l’œuf disparaît ou s’abîme, le présage est mauvais, et il en est de même si le sang ne se liquéfie pas. Le sang est également l’oracle et les « parentes de Saint Janvier » en sont les prêtresses. Une présence féminine sans laquelle aucun culte ne saurait être admis. D’ailleurs, les prières récitées pas ces vieilles femmes contiennent toujours des invocations à la Mère.
Cette cérémonie absorbe également en partie un rite collectif propitiatoire qui présentait toutes les caractéristiques d’un mandala[1]. Celui-ci était célébré par le duc (et souvent évêque aussi) de Naples[2] qui faisait osciller un récipient ovoïdal contenant un œuf en présence de quatre crânes humains. Ces derniers symbolisaient les quatre caput mundi correspondant aux quatre points cardinaux, lesquels devaient se réunifier en un seul « corps universel central » incarné par l’œuf. 
Or, la fiole contenant le sang est ovoïdale et la liquéfaction se produit en présence du crâne du saint. Le cardinal fait lui aussi osciller la fiole. Tout comme l’œuf, la fiole avec le sang est le « centre cosmique ». Si le miracle ne se produit pas, la relation entre le « centre cosmique » et la ville se rompt et cette rupture provoque l’apocalypse. Le sang et l’œuf de Virgile ont ainsi la même fonction.
Januarius meurt à l’ouest de Naples (il est exécuté dans l’amphithéâtre de Pouzzoles), ses restes sont placés à l’est (à Montevergine) pour se réunifier à Naples, qui est au « centre ». Son sang est récupéré et conservé par Eusebia, une vieille femme pieuse et vierge, aussi vieille et aussi vierge que la Sybille, et aussi vierge que la Sirène qui pond l’œuf avant de disparaître.
Le rapprochement avec le baptême de sang célébré au cours des rites mystiques de Mithra et de Cybèle est inévitable, d’autant plus qu’un des trois temples napolitains de Mithra a été retrouvé tout près de la cathédrale.
On retrouve ensuite immanquablement Virgile. Une légende rapportée par Conrad de Querfurt[3], raconte que Virgile place à l’entrée de la ville une statue de chevalier qui pointe un arc tendu en direction du Vésuve. Un paysan, agacé par cette statue menaçante, tire sur la corde et la flèche frappe le Vésuve qui, depuis lors, déverse sa lave destructrice. Le chevalier devient Saint Janvier qui d’un signe de la main arrête la lave lors de l’éruption de 1631.
Autre lien entre Saint Janvier et Virgile, un cheval en bronze sans mors ni bride prétendument sculpté par Virgile. Cette statue miraculeuse guérissait tous les animaux malades. La sculpture, emblème de Naples, a réellement existé. Elle se trouvait juste derrière la cathédrale, exactement là où aujourd’hui on voit un obélisque dont le point culminant arbore la statue de Saint Janvier.

[1] Représentation symbolique de l'univers, dans le brahmanisme et le bouddhisme
[2] A l’époque où Naples faisait partie de l’Empire byzantin en tant que duché autonome (V-XIIe s.).
[3] Évêque de Hildesheim et chancelier de l'empereur Henri VI, lettre 1194.

 

Les Madones
 
Dès que le Christianisme parvient à gagner du terrain, la Vierge Marie commence à côtoyer Virgile dans différents lieux sacrés jusqu’à superposer son image à celle du poète. Mais les rites, eux, restent foncièrement immuables. Les changements ne touchent que l’apparence.
Certaines Madones qui ont un lien direct avec le culte de Virgile, sont célébrées par des fêtes encore très populaires de nos jours. D’autres font l’objet de cultes étonnants. Je n’en cite que quelques-unes parmi les plus remarquables.
 
Madone des Bains
Virgile, en puissant thaumaturge, confère des pouvoirs particulièrement miraculeux à l’eau thermale des bains de la Tritola, situés dans des boyaux souterrains à Baia. Ici, près de chaque source, il place une reproduction en plâtre (ou une peinture) de la partie du corps humain que chaque eau thermale est censée guérir.
 

Bains de la Tritola où l’on voit les figures que Virgile aurait peintes sur les murs.
J’ouvre une parenthèse et précise que dans la réalité, les propriétés des sources thermales des Champs Phlégréens[1], zone de grande concentration volcanique, sont connues depuis l’antiquité, et que jusqu’au moyen-âge, les médecins de toute l’Europe les prescrivent à leurs patients.
Pour en revenir à la légende virgilienne, Gervais de Tilbury[2] écrit que ces bains avaient perdu de leur efficacité, car les symboles placés par Virgile avaient été enlevés. Or, les archéologues ont retrouvé des restes de ces objets en terre cuite qui sont, en fait, des ex-voto dédiés à la déesse Méphitis. Car c’est à cette divinité que, dans la haute antiquité, on attribuait l’existence des eaux bienfaisantes. On retrouve Méphitis dans la région de Montevergine, là où le mythe de Virgile est très enraciné.
Lorsque l’Eglise efface progressivement toute trace des cultes païens, elle donne des noms de saints et de Madones aux sources thérapeutiques. Toujours est-il qu’au XVII s., Les chroniqueurs de l’époque relatent qu’on se rend aux bains fin juin en invoquant la Madone. Et c’est justement fin juin qu’on se rendait aux bains à l’époque de Virgile. Cette période en effet correspond à la porte des Enfers d’où, croyait-on, surgissaient les eaux bienfaisantes. Par porte des Enfers, on entend le solstice d’été qui est la porte par laquelle le soleil commence à disparaître pour réapparaître fin décembre, au solstice d’hiver.
Le culte des eaux a subi des transformations et s’est déplacé au sud de Naples, à Scafati, près de Pompéi, où l’on vénère la Madone des Bains. Dans le passé, cette Madone faisait l’objet d’un des cultes les plus populaires, fait attesté par les très nombreux chants qui lui sont consacrés. Le jour de l’Ascension, des foules de pèlerins se rendaient à Scafati pour se baigner dans un bassin et se signaient avec une plume de poule (poule qui renvoie à la sirène et à Perséphone dont l’animal sacré était ce gallinacé). Aujourd’hui, le bassin ayant été fermé, les fidèles boivent l’eau de la fontaine qui, elle, est toujours sur place. Après le rite de l’eau, on chante et on danse pendant des heures près du sanctuaire.
Dans le tableau qui représente cette Vierge, divinité des eaux souterraines miraculeuses, Marie est figurée entre Saint Jean Baptiste - dont la fête tombe le 24 juin - et Saint Jean l’Evangéliste fêté le 24 décembre. Les deux saints incarnent les deux solstices qui caractérisent le culte des eaux. Le premier, à gauche, montre du doigt la terre, l’endroit d’où jaillissent les sources, là où pénètre le soleil, pour mourir (au solstice d’été) avant de renaître, tout comme le malade qui passe par une mort rituelle en se baignant dans les eaux souterraines, avant d’en ressortir guéri/ressuscité. Saint Jean l’Evangéliste à droite, a un aigle à ses pieds et lève une coupe vers le ciel, l’endroit où se dirigent le soleil ressuscité et le malade guéri.

Madone des Bains
Quelques vidéos de la fête
 
Sainte Marie des Mouches.
Cette Madone n’est pas honorée par de grandes fêtes, mais elle mérite d’être connue, ne serait-ce que pour l’originalité du culte qui lui est propre.
Dans le quartier de la Porte Capouane, situé tout près d’une zone marécageuse, Virgile forge une mouche en métal et la suspend à une fenêtre du château Capouan, grâce à quoi les mouches n’infestent plus la ville. Ces insectes incarnent, en effet, l’insalubrité, les épidémies, la putréfaction et donc la mort par maladie. Emblème des pouvoirs maléfiques (voir Apulée, l’Âne d’or), ils sont rattachés à Belzebuth qui est appelé Seigneur des mouches. Jadis, en Campanie, on était tenu à chasser les mouches de la dépouille pendant la veille funèbre. Cette coutume perdure de nos jours, puisqu’on agite toujours un mouchoir sur le visage du défunt, pour éloigner symboliquement le Malin. Ce geste a été ritualisé à tel point que parmiles plaisanteries autorisées lors de la fête de la Madone de Piedigrotta (supprimée depuis une vingtaine d’années), on agitait sur les visages des gens un chasse-mouches fait de lamelles en papier coloré.
 

 

A g., B Belzebuth, Seigneur des Mouche d’après le dictionnaire infernalde C. de Plancy ; à d., sceau exorciseur contre les mouche dessiné par Paracelse.
 
Les mouches, à l’instar de la plupart es insectes sont des fléaux qui apparaissent en été, au moment où le soleil est le plus ardent. C’est la raison pour laquelle, en été, Apollon (Apollo Medicus) faisait l’objet de rites d’exorcisme censés invoquer l’aide de celui même qui cause le fléau. Le paganisme admettait qu’un même dieu puisse réunir en lui le Bien et le Mal. Une idée aberrante pour le Christianisme pour lequel Dieu n’est que bonté et n’envoie un fléau que pour punir les pécheurs.
D’apollon à Virgile il n’y a qu’un pas, le même pas qu’il a de Virgile à la Madone.
A l’époque angevine, on fait disparaître la mouche en métal (un talisman qui a réellement existé) et, dans le quartier du Mercato, situé toujours près des marécages, on construit l’église de Sainte Marie des Mouches, laquelle a été désaffectée et transformée en dépôt de chaussures. La peinture du retable, elle, fut transférée dans l’église de St Charles Borromée, rue Galileo Ferraris, là où se situaient les marécages. Le tableau représente la Vierge entre deux saints, et on aperçoit des mouches disséminées sur le fond. Le Curé de cette église affirme que, jusqu’au XIXe s., les fidèles priaient cette Madone pour obtenir sa protection contre les maladies infectieuses et, qu’après la fin de chaque épidémie estivale, ils lui offraient en remerciement des mouches en or. Les dernières ont été offertes après le terrible choléra de 1884.

La Madone des Mouches
 
Piedigrotta 
Au Ier s., l’architecte Cocceius construit une galerie, la crypta neapolitana, pour relier Naples aux Champs Phlégréens[3]. Mais, d’après la légende, c’est Virgile qui la creuse en une seule nuit, pour que les Napolitains pauvres puissent profiter des cures thermales, seul remède à leurs maladies. Tout près de l’entrée orientale du tunnel, un columbarium érigé au début du 1er s. Est identifié au tombeau du poète et devient pendant des siècles un lieu de pèlerinage.

 
A g.,entrée de la Crypta Neapolitana vue du côté de Piedigrotta.
A d., le site de Piedigrotta avec le tunnel, le tombeau de Virgile au-dessus et l’église (estampe de 1652 d’après De Simone).
 
Depuis sa construction, cette galerie, à l’instar de toutes les cavernes, cavités et grottes, devient un lieu cultuel et le théâtre de cérémonies rituelles en l’honneur de divinités virginales. Et, par son orientation particulière (voir plus bas), ce tunnel sera étroitement lié au culte solaire.
Pétrone parle d’un temple de Priape à l’intérieur de ce tunnel, mais ces propos n’ont pas été entérinés par la découverte de restes archéologiques. Par contre, le culte mithriaque lui, a bien été confirmé par un relief représentant cette divinité solaire. D’après Gervais de Tilbury, à ce même endroit on conservait les os et les livres sacrés de Virgile[4].
Au VIIIe s., lorsque le Christianisme commence à prendre le pas sur le paganisme, on voit apparaître, toujours au centre de la même galerie, une chapelle dédiée à la Madone de l’Itria où les femmes mariées vont prier la Vierge, à qui elles demandent protection contre la stérilité ou contre les dangers de l’accouchement. Puis, en 1353, période où la foi chrétienne s’est désormais définitivement établie, sous prétexte de l’apparition miraculeuse de la Madone à trois religieuses, on bâtit le sanctuaire de la Madone de Piedigrotta juste devant le monument funéraire du poète magicien. Cette Madone, représentée avec le soleil sur l’épaule droite et la lune sur l’épaule gauche, jusqu’aux années soixante-dix, a fait l’objet de grandes festivités rappelant les rites orgiaques-mystiques d’antan. Depuis ce temps, les célébrations sont beaucoup plus discrètes.
Madone de Piedigrotta
 
Cette fête est fixée au 8 septembre, jour de la naissance de la Vierge Marie. Une date qui se situe au milieu du parcours solaire de la constellation de la Vierge, parcours qui débute le 23 août pour se terminer le 23 septembre. C’est aussi un 8 septembre que naît Isis.
Ainsi, dans la nuit du 7 septembre, deux chars richement décorés partaient de deux points différents de la ville. Le premier, appelé char des lavandières, était rempli de femmes qui chantaient au son de leurs sabots en bois. Dans l’autre, celui des cueilleurs de figues[5], il y avait des hommes qui chantaient au son de tambourins et de coquillages. Une fois sur place, « lavandières » et « cueilleurs de figues » entonnaient des chants « a figliola » devant la tombe de Virgile. Puis, tout le monde, femmes, hommes et enfants envahissaient le tunnel, jouant de la trompette, des tambourins et des castagnettes, en chantant et en criant jusqu’à former un vacarme de tous les diables, un grondement menaçant, et ceci jusqu’à l’aube. Les jeunes filles s’y rendaient pour trouver un mari et les rencontres érotiques n’étaient permises que cette nuit-là. Des chroniqueurs du XIXe s.[6] relatent ces danses d’amoureux dans la grotte au son d’instruments locaux et à la lumière de nombreux flambeaux vendus à l’entrée de la grotte. Difficile de ne pas faire le rapprochement entre cette description et celle de Stace, lorsqu’il décrit la course aux flambeaux qui se déroulaient lors de la fête de Déméter (voir plus haut).
Pendant les neuf semaines précédant la fête, dans la nuit du vendredi au samedi, un groupe de fidèles partait du Château de l’Œuf en tenant des flambeaux et marchait jusqu’à l’entrée de la galerie. Là le groupe attendait le lever du soleil qui était salué en ces termes « voila la belle aurore, vraie mère du soleil céleste ».
Au fil des années la fête de Piedigrotta (avant d’être définitivement supprimée pour cause d’engorgement des voies citadines) ne conserve qu’un côté carnavalesque où certains tabous tombent et tout est plus ou moins permis. Les symboles y sont cependant toujours lisibles, comme, par exemple, le chasse-mouches que l’on passe sur le visage des passants. Sans compter les chars qui rappellent ceux des lavandières et des cueilleurs de figues.


La fête au tout début du siècle passé.
 

Illumination à l’occasion de la fête de Piedigrotta dans les années soixante
 
 
 
Voyons à présent comment à Piedigrotta, dans cette « grotte » où le soleil semble naître ou mourir une fois par an, on retrouve Virgile, Mithra, Apollon, la Grande Mère et Vierge, Parthénope, la Madone, ainsi que nombre d’éléments cultuels qui leur sont rattachés.
Le soulier et le pied. C’est sur la plage de Mergellina tout près de Piedigrotta que, nous l’avons vu, un pêcheur trouve la chaussure perdue par la Madone. De cette croyance naît le talisman en forme de soulier (’o scarpunciello d’ ’a Madonna, « la petite savate de la Madone »), qui est censé protéger contre la stérilité et favoriser l’accouchement. Et c’est dans cette église que l’on distribue des images où est imprimée une prière encadrée d’un contour en forme de chaussure.
 

Prière écrite dans l’empreinte du pied de la Madone (R. De Simone)
 
Piedigrotta contient le mot pied, puisque ce nom signifie « le pied de la grotte ». Et nous avons vu aussi que le pied symbolise le chemin, ce chemin d’est à ouest que devaient parcourir les Napolitains pour se rendre aux bains miraculeux des Champs Phlégréens. Un chemin initiatique vers une mort et une résurrection symboliques, le même que suit le soleil. N’oublions pas que le lac d’Averne, siège du royaume des morts, se trouve dans les Champs Phlégréens, à proximité des eaux thermales. C’est à Piedigrotta que l’on retrouve tous les signes inhérents au symbolisme du pied (voir le passage consacré aux symboles).
Le Soleil. Par son orientation, la crypta neapolitana est éclairée toute la journée depuis le lever du soleil jusqu’au coucher, ceci pour que les passants ne craignent jamais les périls nés de l’obscurité. Ce lieu sûr où on peut s’aventurer sans courir aucun risque, ne peut qu’être magique. Magie confirmée par un phénomène qui se produit fin octobre et fin février. A ces périodes, le soleil couchant pénètre dans le tunnel de telle façon que sa lumière semble sortir de l’intérieur même de la « grotte » pour éclairer la ville jusqu’au quartier de Santa Lucia. C’est tout comme si ses rayons perçaient la colline. Cela explique le fait que Virgile « qui perce la grotte en une nuit » soit assimilé au soleil même.
Ce chant rituel enregistré par Roberto De Simone contient des allusions claires à la chaussure et au soleil :
Le soleil s'est levé derrière les montagnes
Il existe des cordonniers
Qui savent faire des souliers
Avec des pointes d'or comme le soleil...
 
Le laurier. Le laurier qui, croyait-on, avait poussé spontanément près de la tombe de Virgile, faisait l’objet d’un véritable culte. D’après le témoignage d’une vieille dame enregistré en 1974 par Roberto De Simone, jusqu’au début du siècle passé, les femmes cueillaient les feuilles de ce laurier, qu’elles disaient sacré et miraculeux, et elles les mâchaient (comme la Sybille cumée). Même les émigrés en Amérique en demandaient. Le laurier était tellement défeuillé que les chroniqueurs du XXe s. parlent d’un arbre en piètre état qui n’a pas le temps de se régénérer.
Ainsi, Virgile-Parthenias, synthétise dans ce lieu la virginité, le soleil et la prophétie, avec tout leur cortège de signes religieux et magiques.
 
Montevergine
La madone de Montevergine est une vierge noire, appelée Mamma Schiavona (Maman Esclave soit Mère au visage noir). C’est la plus laide des sept madones, mais aussi la plus belle, la plus miraculeuse, la plus vénérée. Ainsi, la Vierge Noire est la seule des sept madones à qui on consacre trois pèlerinages à trois périodes différente. Le cycle consacré au culte Marien commence et finit à Montevergine. Il débute à la Chandeleur et s’achève le 12 septembre.
 

 

La Madone de Montevergine dite “Mamma Schiavona”, la Mère au visage noir et la déesse Cybèle
 
Extrait d’un chant entonné pour la Madone Noire
La plus vilaine s'en est allée à
Montevergine... C'est la Madone de Montevergine.
- Parce qu'elle était toute noire...
Oui... La Madone de la plaine...
Pourquoi est-elle allée à Montevergine ?
Elle est partie parce qu'elle était la plus
Laide... Elle a dit : Je suis la plus laide de
Toutes mes sœurs, je veux m'en aller si loin
Que les gens devront marcher, marcher pour
Venir me trouver.
 
Les pèlerinages à Montevergine étaient grandioses. Les mois de mai et de septembre, des foules de croyants chamarrés partaient à l’aube, des quatre coins de la Campanie[7], dans des voitures enrubannées et enguirlandées, tirées par des chevaux somptueusement parés et munis de clochettes au tintement assourdissant. Ces pèlerinages revêtaient une telle importance que, dans les contrats de mariage, on ajoutait une clause stipulant l’obligation de l’époux de conduire sa future femme au moins une fois par an à la fête de Montevergine.
Sur place, les manifestations mystiques (pleurs, invocations à la Madone, montée des marches à genoux en récitant des litanies, etc.) d’un grand dramatisme étaient suivies par des danses et des chants dont les caractéristiques sont restées presque inchangées depuis l’ère préchrétienne à ce jour.
 
 
 
Jadis, les fidèles passaient la nuit dans l’église et devaient s’abstenir formellement de consommer de la viande, des œufs et du fromage, sous peine d’être sévèrement punis par la Madone. Aujourd’hui l’Eglise ne permet plus aux pèlerins de dormir dans l’église, alors ces derniers se contentent d’attendre l’aube en chantant et en dansant sur le parvis du sanctuaire. Le végétarisme, lui, est toujours respecté par les plus croyants. Les voitures tirées par les chevaux ont peu à peu été remplacées par des automobiles tout aussi richement décorées. Actuellement, ce sont des voitures banalisées et des cars de tourisme qui amènent les fidèles jusqu’à la Madone Noire.
A la Chandeleur, le pèlerinage est réservé aux homosexuels et aux travestis, l’androgynie étant un élément clef des cultes préchrétiens pratiqués dans cette province de la Campanie (voir plus bas).
Vidéo pèlerinage de la Chandeleure en février 2011 :
 
À Montevergine (littéralement « Mont Vierge »), le couvent et l’Église annexe sont bâtis, au XIIe s., sur les ruines d’un temple consacré à Cybèle. L’ancien nom de cette montagne était, en effet, « Mont Cybèle ». La légende veut que Virgile se rende sur le Mont Cybèle pour connaître l’oracle. Mais la déesse le repousse en disant « satis est, discendite », « assez, va-t’en »[8]. Virgile, décide alors de revenir tous les étés aux pieds de la montagne où il va cultiver un jardin d’herbes médicinales magiques.
 

Les Corybantes, les prêtres de Cybèle (en arrière-plan), au moment de l’équinoxe de printemps (entre le 20 et le 21 mars) célébraient la déesse par des danses et des chants qui conduisaient à un état d’extase orgiastique. Cet état était atteint grâce au rythme obsédant des tambours et des castagnettes.
 
 La légende devient croyance après la mort du poète, lorsque ses vers feront fonction d’oracle dans tous les très nombreux temples qui pullulaient sur cette montagne. D’autant plus que ces derniers ont tous plus ou moins un caractère oraculaire. Les populations locales assimilent le nom de Virgile à l’oracle et donc à la montagne sacrée. Celle-ci s’appellera désormais Mont de Virgile ou Mont Perthenias, comme l’attestent différents documents d’archives, ainsi que de nombreuses localités s’appelant Patierno (déformation de Parthenias). Le pape Célestin III lui-même parle de ce monastère érigé sur le Mons Virgilii.
La montagne, lien avec le ciel, est le lieu où l’on acquiert les pouvoirs thaumaturgiques et magiques. Ainsi, dans de nombreux modèles chamaniques, on retrouve l’ascension à la montagne. Dans les chants rituels entonnés à Montevergine, pour connaître l’oracle (et pour guérir), on grimpe vers le sommet et ensuite on descend dans le ventre de la terre, là où se cachent la Grande Mère et le Soleil (on retrouve ainsi toujours la prophétie, la mort, la fertilité, la résurrection) :
Emmène-moi vers les montagnes
Je veux me faire une maison sous la terre
Je voudrais aller sous la terre pour apprendre
Comment l'on chante exactement
Ces chansons que je suis en train de vous chanter...
Sous la terre il y a une fille et sa mère
Chant pour la « Mamma Schiavona »
Cette région en particulier (l’Hirpinie)[9], n’est pas seulement marquée par l’oracle, mais encore par le concept de végétarisme et d’androgynie. Les prêtres de la Grande Mère ne mangeaient pas de viande et portaient des habits féminins. La Déesse qui prononce l’oracle est tantôt Cybèle, tantôt Méphitis. Or, Méphitis incarne l’androgynie même, en ce sens que cette divinité est appelée à la fois « dieu Méphitis » et « déesse Méphito ». 

Rite pour la Magna Mater (la Grande Mère) par des prêtres en habits féminins (Coll. R. De Simone)
 
Plus tard le Christianisme essaye de composer avec cette ambivalence à connotation sexuelle, tant contraire à ses principes. Voilà donc apparaître la légende de Saint Vitalien, évêque de Capoue au VIIe s., légende unique en son genre. Ce prélat, raconte-t-on, est tellement vertueux qu’il se fait des ennemis. Une nuit, ces malintentionnés remplacent les vêtements du saint par des habits de femme. Très distrait, Saint Vitalien ne s’en aperçoit pas et le lendemain matin, il va célébrer son service habillé en femme. Ses fidèles, outrés, le jettent à la mer après l’avoir enfermé dans un sac. Mais l’évêque réussit à se libérer et échoue près de Rome. On lui pardonne et on le rapatrie. Il décide alors de fonder une chapelle sur la montagne de Montevergine.
En 1611, un incendie dévaste l’hôtellerie du monastère. Parmi les 400 victimes, on trouve des hommes vêtus d’habits féminins. L’Eglise accuse alors ces derniers d’avoir provoqué ce châtiment divin.
Aujourd’hui, les autorités ecclésiastiques ont entrepris une croisade contre le pèlerinage des homosexuels qui, en février 2011 s’est fait très discret.
 
La Madone des poules
A Pagani dans la province de Salerne, le dimanche après Pâques, on fête la Madone des poules. Car ces volatiles, ce même dimanche d’un temps lointain (XVI s.), auraient trouvé un tableau de la Madone des Carmes en grattant le sol, un tableau probablement caché pendant la période iconoclaste (VIII-IXe s.). Le jour de la fête, dès l’ouverture des portes, l’église où est exposé le tableau miraculeux, se remplit de volatiles qui semblent arriver de nulle part. A neuf heures précises, démarre la procession avec la statue de la Vierge, une reproduction de la peinture qui, elle, ne bouge jamais de son église. Le cortège ne s’arrête que tard le soir après avoir parcouru toutes les rues de la ville. Sur le chemin, les fidèles offrent à la Madone des oiseaux vivants qui restent pacifiquement près de la statue malgré les feux d’artifice et les pétards, ce qui provoque un émoi général. Dans l’après-midi commencent les danses et les chants qui durent jusqu’à l’aube. On exorcise la mort, on exalte la sexualité, source de vie, on invoque la « Mamma d’e galline », la Mère des poules, pour qu’elle protège ses fils des maladies… Au petit matin, les musiciens attendent l’ouverture de l’église pour offrir leurs tambourins à la Vierge.
 

  

Procession de la Madone des Poules
 
 
D’après la tradition chrétienne, au XVIe s., l’église est érigée suite à la guérison d’un estropié qui rêve de la Madone des Carmes. L’histoire des poules passe ainsi en arrière-plan.
Dans les religions archaïques, la poule est un animal magique par excellence car, tout en ayant des ailes, elle ne vole pas. Ce volatile est un oiseau psychopompe (qui accompagne les âmes dans l’au-delà). Il est consacré à Déméter et à sa fille Perséphone reine des Enfers. Et on ne saurait pas oublier la sirène, bien entendu.
Depuis le VIIe s., des chroniqueurs relatent l’étrange coutume qui caractérise cette province où on offre des poules à la Vierge.
Vidéo :
http://www.youtube.com/watch?v=IDj-VQ9MoRs&feature=related (les musiciens vont déposer leurs instruments aux pieds de la Madone)
 
La Madone de l’Arc
Cette Madone fait l’objet d’une des fêtes les plus populaires et les plus courues de la région. Les cérémonies sont très spectaculaires et réunissent tous les signes des fêtes archaïques : les épreuves liées à l’initiation, un long pèlerinage à pied (jusqu’à vingt km), des manifestations d’hystérie collective proches de la transe orgiaque, danses et chants rituels calqués sur le modèle précédemment décrit.
Le nombre de pèlerins qui affluent de tous les coins de la Campanie s’élève à plus de 150.000. Il y a plus de trois cents associations qui collectent de l’argent pour les différents pèlerinages et cérémonies, ainsi que pour la construction des « toselli », baldaquins votifs qui seront portés à dos d’homme le jour de la fête.

Un « tosello »
 
Chaque dimanche, à partir de la semaine qui suit l’Epiphanie, les quêteurs, appelés « fujenti » (les fuyants parce qu’ils marchent en courant), vêtus de l’uniforme traditionnel, lancent des appels ritualisés au nom de la Mère de toutes les mères. Les sommes réunies servent également à l’entretien des chapelles érigées dans les différents villes et quartiers. Le jour de Pâques et les deux ou trois dimanches qui suivent, les fidèles toujours en tenue traditionnelle accomplissent différents rituels, ils s’allongent par terre, courent dans les rues accompagnés par des musiciens. Le lundi de Pâques, les pèlerins partent à l’aube en direction du sanctuaire en portant leur tosello sur les épaules accompagnés par la musique. Arrivés près de l’église, ils couvrent les derniers mètres en courant (d’où le mot « fuyants »), et sans jamais tourner le dos à la Madone, ce qui signifie qu’ils doivent avancer à reculons. Puis, une fois devant la Madone, ils parcourent les derniers mètres jusqu’à l’église, pieds nus, à genoux et même en rampant. Nombre d’entre eux commencent à pleurer, à crier et succombent à de vraies crises. Transportés à l’infirmerie, il s’avère qu’ils sont en parfaite santé. Dans les alentours de l’église, on entonne des chants rituels et on danse.
Après la cérémonie, les fujenti vont tous dans d’autres lieux sacrés où ils dansent tous les jours pendant une semaine.
Emblématique l’uniforme des fujenti : pantalons et chemise blancs, ceinture bleu et rouge. Le blanc est la couleur de la mort, le rouge celle du sang (la vie) et le bleu celle du ciel.
 

L’uniforme des « fujenti »
 
La petite chapelle originelle était située sous l’arcade d’un aqueduc romain d’où le nom de cette Madone. La légende veut que le lundi de Pâques de 1450, pendant la fête en l’honneur de la Madone de l’Arc, un joueur de mail, dépité de son échec qu’il attribue à l’image de la Vierge, lui lance la balle en plein visage.
La scène de l’offense à la Vierge
 
L’image saigne, la foule crie au miracle et l’homme est condamné à mort. La nouvelle du prodige se répand très vite et les fidèles commencent à affluer en grand nombre. Les miracles se multiplient et on finit par construire, en 1590, le grand sanctuaire actuel. Sur l’autel on place un tableau représentant la Vierge avec une tuméfaction sur la joue gauche. Les murs de l’église regorgent d’ex-voto.

La Madone de l’arc (à noter la joue droite blessée)
 
La première question qui vient à l’esprit est : pourquoi cette Madone en particulier semble prédominer sur les autres. Pour l’heure, aucune raison n’a été évoquée par les spécialistes. Il est possible que ce soit la proximité de Naples qui se trouve à seulement 19 km de Santa Anastasia, sans compter que cette partie de la Campanie détient le record européen de la plus haute densité de population.
Quelques vidéos :
             http://www.youtube.com/watch?v=O2Qy9L1ZKRA&feature=player_embedded#at=38
 

 

 


[1] Phlégréens, signifie « ardent ». Baia, Pouzzoles, Cumes et le lac d’Averne sont situés dans cette zone à l’ouest de Naples.
[2] Juriste, homme politique et écrivain anglais (né vers1155, mort vers 1234), arrivé en Italie avec Otton IV de Brunswick.
[3] La voie Domitienne (95 ap. J. C.) reliait Rome aux Champs Phlégréens où se trouvait le port militaire de Misène, les villas impériales de Baia et le grand port commercial de Pouzzoles. L’ancien tunnel, a été condamné et remplacé par un tunnel moderne à la fin du XIXe s.
[4] Toujours d’après cet auteur, ces reliques furent volées par ordre de Roger le Normand.
[5] Sens métaphorique : « la figue » étant en napolitain le sexe féminin.
[6] Ex. Bideri, 1880.
[7] Le pèlerinage du mois de mai était réservé aux « cafoni », les provinciaux et les paysans, celui de septembre aux Napolitains.
[8] Cette formule est reprise par le Christianisme et devient « ite missa est ».
[9] À l’est de Naples, Apennin campanien.
 
Le clou des fêtes religieuses : le chant et la danse
 
Le chant
Dans les années soixante-dix, Roberto De Simone a passé des années à recueillir des chants religieux, en sillonnant la Campanie rurale et citadine en long en large, de village en village, de fête en fête, son magnétophone à la main. Il en a ensuite transcrit les paroles, puis les a passées au crible pour en dévoiler le sens profond. Ce chercheur infatigable a accompli une œuvre colossale. La Campanie lui doit un patrimoine inestimable qui sans lui aurait été balayé, peut-être à jamais, par la société mondialisée qui arrache chaque jour un peu plus ses propres racines. Le travail de cet homme est d’autant plus admirable que le sens exact des chants est devenu obscur pour les chanteurs mêmes qui improvisent à chaque occasion et qui, souvent, ne se souviennent même plus de ce qu’ils ont chanté. Pourtant il ressort de l’analyse attentive du Maestro - c’est ainsi qu’on appelle R. De Simone à Naples - que les auteurs suivent un modèle ritualisé, un modèle où l’on retrouve les mêmes symboles, les mêmes références aux croyances millénaires, les mêmes syncrétismes que je viens d’évoquer. 
Je résume succinctement et en grandes lignes ce que révèlent les recherches de R. De Simone.
La référence féminine est récurrente, ce qui s'oppose totalement au catholicisme : là un Pape avec des frères, ici une Mère avec des sœurs.
La sexualité en tant que source de vie a un rôle primordial, si bien que les mots « nennillu mio » (mon petit) ou « nennella mia » (ma petite) ont une consonance sexuelle explicite, à savoir le chanteur ou la chanteuse s’adressent à leur propre sexe.
Tout peut se retourner, le bas devient le haut, le blanc le noir, l’homme peut chanter comme une femme, une femme comme un homme. Les termes choisis sont toujours deux opposés qui tendent à s'unir, comme le soleil et la lune, Saint Michel et le diable, la sœur noire et laide qui est la plus belle.
La laideur et la beauté, le blanc et le noir, le bien et le mal, la vie et la mort, l'homme ou la femme, la lune et le soleil font partie d'une seule réalité. Dans une telle culture, contrairement aux sciences positivistes, la réalité est considérée dans sa totalité sans en exclure le « négatif ».
Ces chants s’adressent tous à la « Figliola » (ils s’appellent « canti a figliole »). La Figliola est vierge, mère, sœur, épouse. Elle est terre, arbre, parc, jardin, rose, fontaine, puits, montagne, château, palais, maison, église. Elle est Soleil et Lune, elle est bateau, fleuve, mer où se perdre, où se noyer ! Comme la sirène. Elle est grotte, elle est la caverne où l'on est né et où l'on voudrait toujours retourner. Le chant n’est jamais choral.
 
Canto ‘a figliola
tammurriata (spectacle)
http://www.youtube.com/watch?v=qvAsnUnmCnc&feature=related
tammurriata
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A la campagne, là où la tradition du conte oral était bien vivante jusqu’à il y a une vingtaine d’année (et elle n’a sans doute pas encore totalement disparu), Roberto De Simone a mené une enquête sur l’origine des chants rituels dans différents endroits de la Campanie. Les réponses des conteurs interrogés sont pour le moins inattendues, étant donné le faible niveau d’instruction des personnes questionnées qui, connaissant très peu l’italien, ne s’expriment qu’en napolitain. En effet, la mythologie, les faits historiques et évangéliques, auxquels font référence leurs récits foisonnants de détails précis, ne sont familiers qu’à une minorité érudite. D’après ces détenteurs de la tradition orale, les auteurs originels des chants sont : Cupidon[1] (composante érotique), Virgile[2] (composante magique), Aniel[3], (personnage lié au mythe d’Orphée, qui a le pouvoir de communiquer avec les morts), la Sibylle[4] (caractère prophétique des chants).
Voici les quatre versions (traduites presque littéralement pour en conserver l’authenticité) :
Cupindo (déformation de Cupido, Cupidon) est l’auteur des chansons. C’était un poète qui chantait il y a des siècles et des siècles. Celui qui connaît l'histoire de toutes les chansons est excommunié. Il y a longtemps, il existait un livre avec tous les chants. Mais on les a appris presque tous en les écoutant chanter par d'autres. Cupindo était napolitain, et c'était un mauvais sujet. Il en a fait pleurer plus d'une sur les terrasses et dans les cours des immeubles! Alors, maintenant, à cause de ses chansons et de ses débauches, il est en enfer corps et âme. C'était un voyou qui faisait scandale. »
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C'est Verginio (Virgilio, Virgile) l'auteur des chansons. Il vivait sur la montagne de Montevergine. Il composait des chansons que lui dictait une tête de mort qu'il avait toujours près de lui : Virgile était un poète magicien. Cette tête de mort prédisait le futur. C'était le crâne d'une vieille femme qui lui avait bien recommandé de ne jamais partir sur la mer. Mais Verginio, tombé amoureux d'une Sicilienne, est parti sur un bateau et il est mort en chantant sa dernière chanson qu'on chante encore. Cette chanson et les autres sont dans un livre qui est tombé au fond de la mer. Mais certains les ont écoutées en collant un coquillage à leur oreille et ils ont pu les apprendre aux autres.
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L'auteur des chansons, c'est Anielllo (Aniel), un berger qui se désespérait parce que son amoureuse avait disparu. Elle avait été emmenée au fond de la mer où Mère Sirène la gardait prisonnière enchaînée par sept chaînes. Alors, le berger allait au bord de la mer avec ses moutons et inventait des chansons tellement belles que Mère Sirène tombait sous le charme et s'endormait. Ainsi, la belle prisonnière pouvait sortir un moment de la mer avec ses chaînes pour parler avec Aniello.
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C'est Sepilla (Sibilla, Sibylle), qui avait le livre des chansons. Sepilla était la plus belle femme du monde, et la plus vierge des vierges. Elle possédait le livre où étaient écrites toutes les choses du passé et de l’avenir. Elle pouvait donc tout prédire. Un jour elle avait même prédit la naissance du Christ, mais elle croyait que ce serait elle la vierge qui devait l'enfanter. Alors une nuit, lorsqu’elle entendit les anges qui annonçaient la naissance du Rédempteur, elle se rendit à Bethléem où elle vit la Vierge Marie avec L'Enfant dans ses bras. La Madone lui tendit la main, et quand Sepilla la belle fut touchée par la vraie Vierge, elle devint vieille et laide. Parce qu’elle avait commis un péché d’orgueil, le livre lui fut enlevé ; elle fut condamnée à ne jamais mourir et à toujours réciter par cœur les chansons du livre. Et cela jusqu'à la fin du monde. Mais, après avoir expié sa peine, elle redeviendra jeune et belle comme avant.
 
La danse
La danse rituelle a pour but d’exorciser les peurs et les angoisses, de rendre beau ce qui est laid, même la mort. Elle ne représente jamais le quotidien, mais tout ce qui s’en éloigne.
Les danses rituelles les plus répandues en Campanie sont la tammurriata et la tarentelle, même si parfois elles tendent à se confondre. La tammurriata a des scansions binaires, tandis que la tarentelle, au rythme plus soutenu, présente des figures rythmiques ternaires, ou binaires alternées avec les ternaires.
La tammurriata se danse, en règle générale, en couples indépendants qui peuvent être formés par un homme et une femme, par deux hommes ou par deux femmes.
Tammurriata (à noter les chaussures à gauche)
 
La tarentelle, elle, est dansée soit par une seule personne soit par un groupe en ronde. Dans certaines provinces de la Campanie (Avellino, par ex.) et, surtout à Naples, la tarentelle remplace la tammurriata et on voit donc des couples également.
Les variantes sont nombreuses et, souvent, elles dépendent du territoire et de la spécificité de la fête que l’on célèbre. Dans l’île d’Ischia, par exemple, on danse une variante de la tarentelle appelée ’ndrezzata, dont la connotation est typiquement guerrière.
Généralement, lorsque le couple est formé par un homme et une femme, celle-ci est âgée (représente la mère) et son partenaire est jeune. Si le couple est jeune, la danse prend une tournure érotique presque aussi violente qu’un combat et elle rappelle les rites orgiaques. On notera également le lien avec le mythe du soulier : les deux danseurs simulent la rencontre, l’homme courtise la femme, celle-ci fuit en courant et se débarrasse de ses chaussures pour terminer la danse pieds-nus.
A la Saint Jean, on se baignait de nuit et on dansait nu jusqu’aux aurores. Ces rites, après l’interdiction par les vice-rois espagnols (XVI e s.), se sont déroulés dans des lieux tenus secrets, et ceci jusqu’à l’après-guerre.
La tarentelle en ronde, elle, a un sens magique. Dansée par une seule personne, elle a un but thérapeutique contre les piqûres d’insectes dangereux dont la tarentule. On croyait qu’en s’agitant jusqu’à l’épuisement, on faisait sortir le mal. Le danseur ou la danseuse a les mouvements chancelants d’un possédé qu’on appelle « tarantato », piqué par la tarentule.
Dans le passé, les victimes des maladies estivales provoquées par les insectes, qu’on appelait malades de la possession estivale, étaient suspendues aux arbres et se balançaient au son de la musique et des chants, ce qui paraissait les soulager. Cette pratique mi-religieuse, mi-thérapeutique devait sans doute dériver d’un rituel célébré dans l’antiquité pour conjurer les épidémies estivales qui provoquaient des symptômes associés à la possession. Ce rite consistait à suspendre aux branches des arbres les symboles de la possession en les faisant osciller. Car, de l’arbre, expression de la Terre, surgit la puissance des esprits malins. Alors, en le suspendant à l’arbre, le mal va retourner dans la terre, à sa racine, soit là d’où il est parti.
 
 
A g., Arbre magique avec figures humaines suspensues aux branches. A noter la sirène à g.
A d., exorcisme par la danse et la musique. A noter l’insecte suspendu à l’arbre.
 
Dans plusieurs quartiers de Naples, des rues ou des églises rappellent les noms d’arbres magiques qui devaient faire l’objet de ces exorcismes. Près de l’église de San Gennariello dell’olmo (Saint Janvier de l’orme), dans une petite chapelle dédiée à Sainte Marie Stella Maris, on lit sur une pierre commémorative qu’en 1519, un certain Giovanni Mormando fait restaurer la dite chapelle en interdisant les chants et les danses.
La présence de Virgile ne pouvait pas manquer dans de telles pratiques rituelles. Ainsi, le mythe veut que ce soit lui qui suspend à un arbre, avec une chaînette, une cigale en cuivre qu’il forge lui-même. Il s’agît là d’éloigner de Naples toutes les cigales, considérées comme nuisibles. Ces insectes sont, en effet, porteurs de l’été et donc des maladies estivales.
 
tarentelle traditionnelle
Les instruments qui accompagnent ces chants et ces danses sont toujours les mêmes, parmi eux certains sont typiques de l’Italie du Sud (photos).
 
a. b.  c.  d.
e.  f.  g.
h.  i.
 
a) Putipù, Boite cyndrique en fer-blanc, recouverte d’une peau de chèvre et au centre une canne.
b) Triccaballacche
c) petit tambourin et grand tambourin dit tammorra
d) castagnette Ces trois instruments c – d) sont joués de la main gauche par les femmes et de la droite par les hommes, selon un principe quasi universel qui attribue la gauche à la femme et la droite aux hommes. Ces derniers jouent parfois de la main droite aussi pour symboliser l’androgynie
e) Musette napolitaine
f) sorte de fifre dit « ciaramella » La musette et le fifre se jouent toujours ensemble.
g) Guimbarde
h)flûte double
i) flûte droite dite sisco
 
  
A g., Musiciens ambulants jouant des castagnettes, tambourins et flûte double. Mosaïque I-II s. de la Villa di Cicéron à Pompéi. (Musée Archeologique de Naples)
A d., Danse dionysiaque. Relief du Ier s. d’Herculanum (Musée Archeologique de Naples)

[1] Version recueillie à Naples en 1916 par L. Molinaro del Chiaro cité par R. De Simone.
[2] Lieu : Villa di Briano, près de Caserte.
[3] Lieu : Boscoreale, près de Pompéi
[4] Lieu : Amalfi et Pouzzoles
 
Les Symboles
 
Le soulier et le pied.
Le soulier peut paraître un bien étrange symbole, mais son explication n’est pas aussi obscure que l’on pourrait le croire.
Le sens premier est rattaché au mythe de Perséphone/Proserpine et à ses éternels retours dans le monde des vivants. Avant de repartir dans son royaume souterrain, elle « perd » une chaussure. Allégoriquement, la déesse laisse sa graine, sa promesse de fécondité lors de son prochain passage.
De la fécondité de la terre à la fertilité féminine, il n’y a qu’un pas. Ainsi, le soulier perdu, - comme celui de la Madone que l’on trouve sur la plage, comme celui de Cendrillon, héroïne du conte très vraisemblablement inventé en Campanie[1] - symbolise la perte de la virginité, une perte qui est une mort, mais une mort qui permet de donner la vie. Le soulier retrouvé et rechaussé est le signe de la virginité reconnue à la femme, même après avoir enfanté. Ainsi, en est-il de la Terre, de la Madone et de toutes les Mères dans la psychologie napolitaine : mère et vierge à la fois.
En souvenir de ce soulier perdu par la Madone et retrouvé par un pêcheur sur la plage, on fabrique des talismans en forme de chausson (scarpunciello en napolitain) destinés aux femmes parturientes pour les protéger des dangers de l’accouchement.

   

A gauche, le soulier symbolique
A droite, ex-voto en forme de pied pour la déesse Méphitis, trouvé dans la Vallée d’Amsanto, proche de Montevergine

 

Le soulier est aussi associé au pied, et c’est à « pied » que l’on parcourt le chemin initiatique dans la grotte magique de Virgile, la grotte appelée, Piedigrotta (Pieds de Grotte), près de laquelle il y a la tombe du poète divin. Or, ce monument, observé d’un certain angle, a la forme d’un pied… Et ces pieds de la grotte sont les pieds de la sirène, dont l’immense corps allongé occupe toute la ville. Ainsi à l’opposé de Piedigrotta se trouve le quartier de Caponapoli (Tête de Naples), alors que le Corpo di Napoli (corps de Naples) est en plein cœur de la cité antique.

   

De g. à d. les pieds, le corps et la tête de Naples.
o    Les pieds : Tombeau de Virgile, à remarquer dont la forme, vue de cet angle, rappelle une chaussure. (R. De Simone)
o    Le corps : quartier dit “Corpo di Napoli” situé au centre de la ville gréco-romaine. La statue d’époque romaine représente le Nil et se trouvait dans le quartier égyptien. Après le départ des Alexandrins, la sculpture se perdit. Retrouvée acéphale au XVIe s., elle fut appelée par le peuple “corps de Naples”. La tête date de 1657.
o    La tête : quartier dit “Caponapoli” situé à l’est de la ville. Le buste d’époque grecque représenterait, d’après les auteurs anciens, la sirène Parthénope.
 
Les sept sœurs
Autre mythe lié à Cendrillon et à la Madone, les « sept sœurs ». Les Madones vénérées en Campanie sont sept (chacune portant des noms différents selon la province[2]). L’une d’entre elles est noire, noire et laide, laide comme Cendrillon qui, dans les différentes versions campaniennes, a six sœurs. Mais, il s’avère que la Madone noire et Cendrillon sont les plus belles des sept sœurs.
Le sept, nombre magique par excellence, revêt ici un sens propre à la culture campanienne : les six sœurs belles correspondent aux six mois beaux et féconds (d’avril à septembre), alors que la septième, la laide, englobe les six mois de « mort » de la nature. Cela explique le calendrier des fêtes consacrées aux Madones Campaniennes. Ces célébrations débutent à Pâques et se terminent en septembre, la dernière étant celle de la Vierge Noire de Montevergine.
Les sept sœurs renferment également un sens anthropomorphe, elles figurent les sept parties d’un corps humain dont les six « belles » sont : la tête, les bras, les jambes et le tronc. La septième, la laide, est semblable à une caverne noire, cavité profonde et angoissante, qui finalement est la plus belle parce qu’elle engendre la vie.

Dans la région de Naples le culte de la Madone Noire[3] est le plus prégnant et le plus populaire. Celui-ci puise probablement ses racines dans le culte de Diane d’Ephèse, une Diane noire d’une grande beauté.

Diane éphésienne, (Naples Musée Archéologique). A noter que les protubérances que l’on croyait des seins, symboles de la fécondité, représenteraient, d’après les dernières découvertes, des testicules de taureau, animal sacrifié à la déesse.
 
Les couplets suivants, tirés d’un chant issu de la tradition orale et entonné lors de la fête de la Madone noire de Montevergine, prouvent que les « sept sœurs » sont toujours aussi présentes dans l’imaginaire populaire.
 
- Alors, elles sont sept les sœurs ?
- Oui... Sept sœurs.
- Six belles et une laide.
- Six belles et une... Une qu'on dit laide,
Pourtant c'est elle la plus belle.
- La plus laide est la plus belle !
- c'est la Madone de Montevergine.
Les sept Madones, de g à d. en partant du haut: la Madone des Poules, de l’Avocate, des Carmes, de l’Arc, de Piedigrotta, la Madone Noire de Montevergine e la Madone Gitane ou Madone des Routes.
 
Chanson qui décrit les qualités des six sœurs belles.
L’œuf
Signe de la vie par excellence, l’œuf, à la forme parfaite, est une représentation de l’univers : il contient une partie jaune comme le soleil et une blanche comme la lune, deux astres qui personnifient respectivement l’homme et la femme. De la Russie au Mexique des Incas, de l’extrême Orient à l’Afrique, l’œuf est toujours chargé de sens. Il est « le centre » même et concentre en lui tous les pouvoirs. Cela explique le fait qu’on suspend une cage contenant un œuf dans les souterrains du château qui se trouve au centre de la baie de Naples.
 

  

A g., le Christ dans l’œuf cosmique (R. De Simone). A d., eprésentation du mandala cosmique par M. Carosi (repris par R. De Simone)
 
L’homosexuel
Il n’enfante pas et donc, il est « vierge », vierge comme Virgile, l’homme « virginella ». L’homosexuel est la réunification des deux sexes et, à l’instar de l’œuf et du Y pythagorique, il incarne l’univers masculin et féminin. C’est la raison pour laquelle l’homosexuel, à Naples, est de bon augure et il intervient même dans certaines cérémonies religieuses.

Tarentelle des homosexuels

 



[1] Le conte transcrit pour la première fois par Giambattista Basile dans son « Pentameron » au XVIIe s., existait déjà dans la tradition orale locale.
[2] Chaque région en Italie est divisée en provinces, équivalent des départements.
[3] La Vierge Noire est présente dans nombre d’autres pays, y compris en France ( Chartres, Rocamadour, Puy en Velay).
 
Les principaux cultes païens dans la Campanie préchrétienne
 
 
Préambule
En Campanie, une région dont la structure sociale primitive était sans doute fondée sur le matriarcat, les déesses l’emportent largement sur les dieux. L’immense majorité des temples est dédié à Héra, à Déméter/Cérès, à Perséphone/Proserpine/Korè, à Cybèle, à Méphitis, à la Mater Matute, à la sirène Parthénope, à Isis... Les premières grandes fêtes populaires napolitaines sont d’ailleurs consacrées à Déméter. Cette particularité transparaît assez clairement des chants et des danses rituels encore bien vivants aujourd’hui. Ce sont aussi toujours des femmes, les protagonistes des cérémonies religieuses les plus populaires et les plus anciennes.
En Campanie, l’identité mystique des femmes était si forte que les prêtresses chargées de célébrer les mystères dans le temple de Cérès à Rome devaient être originaires de cette région. Aucune autre nationalité n’était admise.
A l’aube de l’ère chrétienne, ce mysticisme puissant amène un grand nombre de prêtresses à quitter les temples pour s’installer dans des monastères où elles importent les cultes païens en les intégrant dans la nouvelle religion.
Autre particularité de cette région est que la virginité est une valeur cultuelle incontournable chez les divinités vénérées, ce qui semble en apparence s’opposer au caractère « fécond » des déesses ci-dessus nommées, lesquelles incarnent pour la plupart la Grande Mère. Mais l’ambivalence est une constante chez de nombreux peuples, les Campaniens en tête. Les pères de l’Eglise n’ignoraient pas ce penchant bien ancré chez ce peuple pour les déesses mères et vierges, d’où l’instauration – assez tardive d’ailleurs -du culte de Marie qui, tout en étant vierge, donne la vie à l’enfant Jésus.
Les divinités solaires, elles, sont tout aussi omniprésentes dans la religiosité locale, mais le Soleil/Apollon prophétise par le biais de vieilles femmes, les Sibylles qui sont rigoureusement vierges.
Les couleurs de la ville de Naples sont le jaune et le rouge : le soleil et la lune rouge de septembre, mois qui correspond à la constellation de la vierge
 
La Sirène
La métahistoire de ce mythe virginal remonte à fondation de Naples.

              Le corps sans vie de la sirène Parthénope (du grec parthénos, la Vierge) échoue, d’après la légende, près de l’île de Megaride (où se trouve le Château de l’œuf). Parthénope et les deux autres sirènes s’étaient, en effet, jetées à l’eau après l’échec déshonorant que leur avait infligé Ulysse. C’est en ce lieu qu’au VIIIe s. av. J. C. les Rhodiens – déjà installés à Cumes - fondent une cité à laquelle ils donnent le nom de Parthénope. Le culte de la sirène devient prédominant au point qu’à Naples on lui consacre des jeux gymniques. Un cas unique dans le monde grec où l’on n’en trouve aucune trace, même à Rhodes.

Parthénope sous l’apparence d’une poule. Estampe du XVIIe s.
 
La mort de la sirène à laquelle est liée l’existence même de la cité, marque profondément la culture Napolitaine, où la mort n’est entourée d’aucun tabou, elle devient même une partie intégrante de la vie et une constante dans les rites religieux.
En effet, Perséphone envoie les sirènes sur terre pour ensorceler les passants, avant qu’elles ne les lui amènent dans les Enfers. Non seulement les marins donc, mais tous ceux qui sont sur le point de franchir le dernier pas. Les sirènes chantent : «  arrête ton navire pour écouter notre voix, personne n’est encore passé par ici avec son bateau noir, sans avoir écouté notre chant qui coule de nos lèvres comme le miel[1]… et nous savons tout ce qui se passe et dans chaque coin de cette terre… ». Ce chant contient des éléments clef de la religiosité campanienne, l’amour, la mort et la prophétie.

Les trois sirènes (ph. R. De Simone)
 
Il convient ici de rappeler que la représentation de la sirène sous l’apparence d’une femme poisson date de l’époque médiévale. Dans la mythologie grecque, les sirènes avaient un corps d’oiseau, or l’oiseau est étroitement lié à la prophétie. Cette vierge mi-femme mi-oiseau vit sur les rochers, près de la mer. Elle vit donc entre ciel, terre et mer et symboliquement elle renferme en elle ces trois éléments.
Certains auteurs ont avancé l’hypothèse que les prêtresses qui vaticinent au nom des sirènes s’exprimaient en chantant. Prêtresse ou sirène, Parthénope enchante en chantant, d’où l’essentialité du chant et de la musique dans les rites religieux anciens et modernes (voir plus bas). Au fil des siècles, le quotidien même des Napolitains a été envahi par le chant et la musique, d’où leur renommée de peuple musicien par excellence.
Les Îles des sirènes situées près de Sorrente dans le golfe de Salerne
 
Cybèle et Déméter/Cérès
Cybèle est une des divinités les plus proches du tempérament parthénopéen. Les rites sont fastueux, voire théâtraux : danses frénétiques, chants et pluie de fleurs. Dans le Naples grec, ces fêtes jouissent d’une grande popularité. Lors des cérémonies mystiques, on y célèbre un baptême avec le sang d’un taureau sacrifié, ce qui est également une caractéristique des mystères Mithriaques.
 
Cybèle (Ier s. av. JC - Formia)
 
Le poète napolitain Stace (Ier s.) parle du culte de Déméter et des mystères d’Eleusis au cours desquels les initiés courent en agitant des flambeaux. Ces rites, relate Stace, célèbrent des moments clé du mythe de cette déesse, lequel raconte le rapt de Perséphone par le dieu des Enfers, Hadès. Déméter, désespérée, cherche sa fille sans désemparer. Elle aboutit à Eleusis où Triptolème lui donne le premier grain de blé, ce qui révélera aux hommes la pratique de l’agriculture. Jupiter intervient enfin en faveur de Déméter pour lui rendre Perséphone, mais la jeune fille a déjà mangé la grenade sacrée qui la lie indissolublement au royaume de l’au-delà. Finalement, Déméter obtiendra d’Hadès que sa fille passe six mois de l’année avec elle, du printemps à l’automne. C’est donc en avril que l’on fêtera le réveil de la nature et la réapparition de Perséphone et, en septembre, que l'on célébrera son départ et la fin temporaire de l’activité de la Terre.
 
Déméter et Perséphone (Coré) remettant à Triptolème les grains pour apprendre l'agriculture à l'humanité, relief votif ou cultuel d'Éleusis, v. 440 av. J.-C. (Musée national archéologique d'Athènes)

 

Isis
A mesure que le paganisme décline, le culte de Déméter est assimilé par syncrétisme à celui d’Isis, religion à mystères qui contient tout ce que les nouvelles religions venues d’Orient ont de séduisant : la passion et la résurrection d’Osiris, la promesse d’une vie dans l’au-delà pour les justes.
Le succès d’Isis s’explique d’autant plus qu’à Naples, la diaspora égyptienne est considérable, notamment à la suite de l’assassinat d’Archimède et d’Hypatie d’Alexandrie. Isis est considérée comme un principe féminin universel. Plutarque en parle en ces termes : « sa robe est de couleurs très variées pour symboliser son pouvoir sur la matière…[c’est une divinité] pouvant devenir lumière et ombre, jour et nuit, eau et feu, vie et mort, début et fin. »
Les rites d’initiation se déroulent dans des boyaux souterrains, aussi obscurs et tortueux que les itinéraires de l’au-delà qui mènent à la mort, avant la résurrection qui prélude à une vie nouvelle.
Parmi les épreuves que l’initié devait affronter une semaine durant, il y a la maîtrise des instincts : les hommes doivent résister à la tentation incarnée par une très belle jeune fille en petite tenue.

Isis tenant la clé de la vie (Pompéi Ier s. – Musée archéologique de Naples)
 
Apollon et les Sibylles
À Naples, Apollon est adoré sous le nom de Hébon, un éphèbe au sexe non encore définissable, comme le soleil printanier qui, lui, correspond à la constellation du taureau. Ce taureau qui représente Apollon sur les monnaies napolitaines les plus anciennes. Ce taureau qui est un trait d’union entre Apollon/Hébon, Cybèle et Mithra.
 

   

A g. : monnaies grecques et romaines représentant Apollon et Diane (en haut) et le Taureau/Hébon. A d. : Apollon citharède (R. De Simone)
 
 
Les mythes et les symboles sont comme les fils d’une tapisserie multicolore : ils s’entrelacent pour former des motifs différents, mais ils restent identifiables par leur couleur. Ainsi Hébon, sous son aspect anthropomorphe porte une colombe sur son épaule, la colombe étant un oiseau, on voit se dessiner la figure de la sirène et de la divination, divination qui s’opère par la voix des Sibylles, les prêtresses vierges, vierges comme Virgile et la sirène...
Les Sibylles dont la littérature parle sont neuf[2]. Mais c’est la Sibylle cumée[3], la voyante errante, qui est l’auteur des livres sibyllins conservés dans le Capitole à Rome[4].
 
   
De gauche à droite : La Sibylle cumée ; la grotte de la Sibylle Cumée (VIe s. Av. J. C.) telle qu’on la voit aujourd’hui; le Lac d’Averne situé tout près de Cume.
 
Ces prophétesses dont la popularité s’estompe à l’époque d’Auguste, reviennent en force grâce à Virgile dont les vers de la IVe églogue vont les ceindre d’une auréole de sainteté, en leur ouvrant les portes du Christianisme (voir Chapelle Sixtine). La nouvelle religion, centrée plutôt sur une figure masculine, et donc opposée à la forte empreinte matriarcale de la religiosité campanienne, saura détourner les prophéties sibyllines à son avantage. Celles-ci, en effet, sont typiquement féminines : elles prédisent la fin du monde suite à laquelle la société matriarcale originelle sera rétablie grâce à une Vierge mère qui mettra au monde un enfant sauveur de l’humanité. Les Sibylles s’inscrivent dans le cadre d’un grand mythe très répandu dans les campagnes où vivent les oppressés qui aspirent au retour d’un monde sans guerres, et par conséquent, dirigé par une femme. La virginité même des Sibylles s’entend comme un refus des hommes, guerriers par nature, qui apportent la destruction et la mort.
 Les vaticinations sibyllines ont le caractère délirant de la transe, de la possession, un état atteint parfois au moyen d’hallucinogènes, en mâchant des feuilles de laurier, par exemple, ce laurier sacré porteur d’une kyrielle de symboles (voir plus haut).
A l’origine, les oracles dictés par l’état de transe ou par les rêves, deux conditions qui permettaient d’entrer en contact avec les défunts, étaient liés au culte de la Grande Mère. Plus tard, les prêtres d’Apollon s’approprient ce culte en détrônant la déesse et, par la même occasion, la religion matriarcale. Il n’en reste pas moins que dans la pratique, les rites et les prophéties conservent leur caractère originel.
Les Sibylles opéraient dans des grottes, dans des lieux volcaniques aux exhalaisons méphitiques, près des sources ou sur des montagnes. C’est dans ces mêmes lieux que l’on retrouve les temples de la Grande Mère, le nom de Virgile et les monastères dédiés à la Madone.
 
Mithra
Ce culte indo-iranien est importé par les militaires à la fin du IIIe s. Son succès est immédiat à l’instar des autres religions orientales.
Son analogie avec le Christianisme est flagrante : on se signe le front, on baptise l’initié, on participe à un banquet rituel semblable à l’eucharistie, on promet une vie après la mort, on prône la probité, on condamne les transgresseurs ... Le dieu meurt et ressuscite (mystère salvifique). Après la fin du monde, (millénarisme), Mithra redescendu sur terre, fera boire aux justes une boisson qui les rendra immortels, alors que les pécheurs seront consumés par un feu éternel. Les initiés doivent se purifier en jeunant et en surmontant des épreuves de courage.
La cérémonie, à l’instar des autres célébrations inhérentes aux mystères, est d’un grand dramatisme. Et aujourd’hui encore, en Campanie, les fêtes chrétiennes, contrairement à ce qu’on peut croire, ne sont pas des pures manifestations de réjouissance populaire, elles sont toujours teintées de dramatisme.
Mithra est fêté le 25 décembre, le jour où le soleil « ressuscite » après avoir été dans les ténèbres (les jours commencent à s’allonger).
A Naples, cependant, ville matriarcale par excellence, cette religion présente une grosse faille : l’exclusion des femmes. Mais les Napolitains vont se débrouiller pour assimiler Mithra à Apollon qui, lui, s’exprime par la voix des Sibylles.
A ce jour, il reste à Naples les traces de plusieurs temples mithriaques, dont un se trouvait dans la grotte près du tombeau de Virgile et un autre près de la Cathédrale de Saint Janvier, le Saint Patron de Naples dont le sang se liquéfie. La Cathédrale de Saint Janvier est elle-même bâtie sur les ruines du temple d’Hébon/Apollon dont le symbole est, je l’ai dit, le taureau. Saint Janvier, Hébon, le taureau, le sang. Et c’est avec le sang du taureau qu’on baptise les initiés aux mystères de Mithra.
 
Relief de Mithra(III- IV s.), jadis dans la Crypta Neapolitana (ou grotte de Virgile). Musée Archéologique de Naples.
 

[1] A noter le « chant qui coule comme le miel » dans le passage consacré à Virgile, j’ai fait remarquer que le miel est lié à la prophétie.
[2] Les neuf Sibylles sont : la Cumée, la Libyenne, l’Erythréenne, la Phrygienne, la Tiburtine, l’Hellespontique, la Persique, la Delphique, la Samienne
[3] Cumes est située à 12 km à l’ouest de Naples. On y visite toujours la grotte de la Sybille qui date du VI s. av. J. C. Le Lac d’Averne où Virgile situe le Royaume des morts, se trouve tout près de Cumes.
[4] Ces livres, vendus d’après la légende par la Sibylle même au roi Tarquin, furent détruits par un incendie en 83 av. J. C. Conscient du pouvoir que conféraient ces livres à celui qui les interprétait, Octave Auguste envoya des prêtres auprès des différentes Sibylles pour les réécrire. Ce qui fut fait en adaptant ces écrits aux souhaits de l’empereur.

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